• P.

Violence gynécologique

Mis à jour : sept. 3

Je vais vous raconter une histoire que j'ai rarement racontée.


C'est l'histoire d'une petite fille de 11 ans. Elle avait commencé à avoir des pertes vaginales anormales et sombres. Ça lui démangeait souvent entre les jambes. Croyant que c'était ses menstruations, elle en a parlé avec sa mère. Celle-ci n'était toutefois pas certaine que c'était des menstruations. Elle a dit à cette petite fille que, lorsqu'elle était née, l'entrée de son vagin était fermée et qu'elle avait eu des traitements pour ça. Sa mère, craignant que l'entrée du vagin de sa fille était peut-être encore scellée, l'a emmenée chez le médecin. Elle lui a juré qu'elle n'allait qu'à avoir à faire pipi dans un pot. Personne n'allait la toucher.


Une fois chez le médecin, ce dernier s'adresse à la mère et lui dit qu'il va devoir examiner la région. Il a demandé à la dame de tenir la petite fille pendant qu'il allait faire l'examen. Évidemment, la fillette a éclaté en sanglot en regardant sa mère, affolée. La mère a refusé l'examen, et le médecin a prescrit un antibiotique en disant que si d'ici une semaine, les symptômes ne guérissaient pas, il faudrait procéder à l'examen.


Une semaine plus tard, les symptômes persistaient. La mère a tenté de préparer sa fille à ce qui allait se produire. Elle lui a raconté son premier examen gynécologique, à 21 ans quand elle était enceinte, où elle avait eu peur. Elle lui avait aussi donné le choix d'avoir une femme gynécologue, mais si c'était le cas, ça allait être le père de la petite fille qui allait l'accompagner. Elle a choisi d'aller voir son médecin de famille avec sa mère.


C'est la mort dans l'âme que la petite fille et sa mère se sont présentées à la clinique un samedi. Tout le long de l'attente, elle pleurait. Quand son nom a été appelé, elle a pénétré dans le bureau du médecin avec sa mère. Cette dernière a expliqué la situation au docteur, et celui-ci a demandé à procéder à l'examen. Toujours en pleurant, la petite fille s'est assise sur la table d'examen, s'est couchée et a baissé ses pantalons et sa culotte. La porte qui était devant la table d'examen avait un miroir double face ; du côté du bureau, on voyait toute la salle d'attente. La fillette avait l'impression que tout le monde assistait à son humiliation.


Le médecin lui a demandé d'écarter les jambes, ce qu'elle a fait. Il a étiré les lèvres pour avoir une meilleure vue, puis il a pénétré à l'aide d'un doigt ou deux la petite fille afin de vérifier si les petites lèvres étaient scellées. La fillette a hurlé : la douleur était insupportable. Puis, il a retiré ses doigts et a dit que c'était un infection à levure.


Les larmes abondaient sur son visage pendant qu'elle remettait ses pantalons. Elle est repartie avec sa honte et sa mère chez elle avec une prescription de Canesten.




Peu de temps après l'examen intrusif, elle a raconté ce qui s'était passé à sa seule amie. Or, cette dernière s'est moquée d'elle et de sa douleur. La honte et la douleur qu'elle ressentait se sont tournées envers elle-même et son corps. La honte et la douleur se sont transformées en dégoût envers son corps et la nourriture. C'est ainsi qu'a commencé une période davantage sombre, celle de l'anorexie et des pensées suicidaires.


Je vais terminer mon histoire ici. J'ai essayé de la raconter une autre fois quand j'étais en psychiatrie à Ste-Justine pour mon anorexie. Le médecin a diminué ce que j'ai vécu par un simple «elle est chatouilleuse, je comprends pourquoi elle n'a pas apprécié l'examen gynécologique.» La deuxième fois que je l'ai racontée, c'était il y a 2-3 ans, à ma psychologue, qui s'est offusquée que ça soit arrivé. Peu de temps après, je l'avais racontée à mon copain qui m'a dit que c'était une forme de violence gynécologique. Aujourd'hui, je l'ai racontée une troisième fois à une intervenante du CAVAC lorsque j'ai entrepris des démarches envers mes agressions sexuelles. J'ai enfin eu le courage d'écrire avec honnêteté cet événement qui, aujourd'hui encore, me donne des frissons dans le dos. Quand j'y repense, j'ai l'impression que ça vient d'arriver.


Les violences gynécologiques, ça existe, et il faut en parler.


P.

409 vues

© 2019 par Une Tempête à la fois.

Tout droit réservé

  • White Facebook Icon
  • White Instagram Icon