• Kayssie

Un peu plus haut…pour redescendre encore plus bas

Mon ascension, je ne l’ai pas programmée. Loin de moi l’idée de vouloir éviter ce sentiment de plénitude, mais cet état m’a frappé comme la foudre sur la pointe d’un arbre bien enraciné.

J’aimerais tant avoir la capacité de reproduire une partie de ma période d’expansion et de la transmettre à quiconque qui en ferait la demande. Vous faire ressentir à travers chacune de vos pores de peau l’effluve de mes souvenirs. Une décharge d’adrénaline, de dopamine, de sérotonine, d’endorphine et d’ocytocine…combiné à des sens exacerbés (la nourriture est meilleure, les odeurs sont des plus enivrantes, les paysages sont majestueux, la musique est source de grandes émotions). Je voyais tout le monde avec un regard compatissant et aimant. J'éprouvais le besoin de me faire entendre, de communiquer mon savoir. À ce moment, tout ce qui m’entourait devenait une pièce de théâtre dans laquelle je pouvais jouer tous les rôles à la fois. J’aurais même pu croire que mes facultés mentales étaient décuplées tellement les connexions se faisaient rapidement. Après tout, se sentir puissant, intelligent, compétent, séduisant, n’est-ce pas ce dont tout humain aspire?


Bien entendu, ces nombreux bienfaits venaient avec quelques désagréments, mais sur le coup jamais constaté comme néfaste. Je ne ressentais plus la fatigue, ce qui m’amenait à passer des nuits blanches consécutives. Je profitais de ce « précieux » temps pour lire, penser, rêver de la vie parfaite qui m’attendait, bref alimenter la femme rêveuse et exploratrice que je suis. Le bonheur était à ma portée! Une fois la journée entamée, une ou deux gorgées d’eau pouvaient me suffire ainsi que quelques fruits, comme si mon corps était en mesure de se nourrir avec très peu de calories. Mon désir viscéral de changer le monde, déjà bien présent chez moi, était devenu très envahissant. Les projets en ce sens fusionnaient de partout, si bien que je n'arrivais jamais à terminer quoi que ce soit. Vous comprendrez que cette foudre que l'on appréhende parfois lors d'une nuit diluvienne est captivante et impressionnante, mais fait bien des dégâts lorsqu’elle atteint sa cible.


De la tête aux pieds, j'ai finalement reçu un raz-de-marée de souffrance. Comportements de plus en plus différents de mes habitudes, jugement altéré, perte de contact avec la réalité. Comment pouvais-je faire autrement alors que je n'avais pas fermé l'oeil pendant des semaines? Et puis, contre toute attente, le diagnostic est levé. La culpabilité, celle qui te ronge jusqu'à l'os, s'est pointée le bout du nez. Comment pouvais-je faire autrement alors que je n'avais rien vu venir? Ma chute s'est avérée brutale. Je tentais de rassembler toutes les énergies qu'il me restait pour éveiller cette combativité en moi, mais impossible, je n'avais plus aucun repère. La pointe rouge de ma boussole oscille maintenant entre le nord et le sud. Je suis bipolaire de type 1. Et de l'autre côté, je suis intervenante sociale. Comment pouvais-je accepter cette part d'ombre alors que je portais le sort de d'autres humains sur mes épaules? Avec le temps. Difficile je vous l'accorde, mais la convalescence existe également pour les blessures mentales.


Aujourd'hui, j'en suis presque à ma deuxième année dans cette « nouvelle » vie. Le combat est encore présent, je vous mentirais si je prétendais le contraire. J’espère de jour en jour me rapprocher de l’équilibre. Ce trouble, au même titre que la vie, n'est pas blanc ou noir. Il y a des nuances de gris. Des zones floues. Des espaces marquées de réussites et d'apprentissages. Et non, je n'ai pas un SI fort caractère.


J'aime, je ressens, je réagis, je m'exprime, je filtre, j'enseigne, j'accompagne, j'essaie... j'échoue, mais je réussis également. J'ai du travail à faire dans certaines choses, alors que sous d'autres angles je m'en tire plutôt bien. Même très bien. Ce caractère, il me suit et c'est parfait. Il est mon outil, mon guide. Il me rappelle que je suis un humain pourvu d'émotions. Je suis bien vivante. Je l'accepte de plus en plus, et c'est merveilleux ainsi!


Bien à vous,

Kayssie

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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