• Julie

Un ange tatoué dans le dos

Depuis plusieurs années, je souhaitais avoir un tatouage. J'y réfléchissais beaucoup. Plus les années avançaient, plus la montagne d'idées grossissait.


Chaque année le projet se reportait puisque nous (mon conjoint et moi) devions toujours mettre les sous sur une des priorités plus... well prioritaires!


J'avais décidé, à la naissance de ma filleule, il y a maintenant plus de 20 ans, que je voulais un tatouage de type chérubin. Les 3 enfants de ma sœur sont blonds - blonds/roux et roux. À la naissance, ils avaient tous un peu l'air du p'tit de St-Jean-Baptiste. D'où l'inspiration du chérubin.


Aussi, ma sœur avait une décoration de Noël qui lui était très chère, un petit ange aux joues roses et cheveux roux. Ma mère disait toujours que c'était pareil comme ma sœur enfant!


Je me disais que je changerais d'idée, que ça passerait. Un peu moins de 2 ans plus tard, j'ai rencontré mon conjoint d'aujourd'hui, peu après avoir fait une tentative de suicide. Ma vie a complètement changé et je lui ai promis que jamais je ne recommencerais.


J'ai alors décidé que ce tatouage, je l'aurai un jour, il sera dans mon dos, caché, il sera pour moi, seulement. Ce sera mon cadeau, à moi de moi. Parce qu'on veille sur moi, parce que je suis encore là, j'aurai un ange tatoué dans le dos.


Les années ont passé, je ne renonçais toujours pas à mon idée.


En 2011, en route vers un souper avec des collègues, un camion de 53 pieds a heurté notre pare-chocs en voulant faire un dépassement. Notre petite Audi 97 à cassette (gold!) a fait deux ou trois 360 degrés pour se retrouver dans le fossé. On n'avait rien, rien.


Je passe par-dessus mon burnout, mes nombreuses dépressions, mes deuils et SSPT...

Je suis encore là.



En 2017, mon conjoint avait mis les sous de côté pour que je puisse enfin avoir mon tatouage. Ma consultation est le 25 janvier. Mon tatoueur réussit à condenser mes idées; comme je veux mon tatouage en noir et blanc, un ange de type statue est préférable. J'aime beaucoup l'idée.


Février 2017, ma belle-mère décède.


29 mars 2017, 1er rendez-vous, on commence à tatouer.


15 avril 2017, ma sœur se suicide, le père de ses enfants meurt dans un accident de voiture en chemin pour venir les consoler.


26 avril 2017, on termine le tatouage.


Pendant des mois j'ai eu des remords. C'est de ma faute si mon beau-frère est décédé. J'ai eu la prétention de me tatouer un ange dans le dos!


Je ne voulais plus qu'on voit mon ange, par honte presque, de ce que j'avais pu faire.



Aujourd'hui, ce qui avait assombri mon ange sur ma peau et alourdi mes épaules s'efface peu à peu pour laisser place à ces anges qui veillent sur moi comme il se voulait au départ.



Julie.



*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'office de la langue française.

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