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Tu souffres, n'est-ce pas?

Quand tu te lèves le matin. Quand tu es en route pour aller travailler. Quand tu prends ton repas qui est fade. Sans goût, sans vie, sans joie. Quand tu prends ta douche et que les larmes coulent sur tes joues, parce que tu es épuisé. Épuisé d’ouvrir les yeux, de t’habiller, de respirer. Quand tu te couches, sans aucune énergie, mais que ton cerveau continue à rouler à 120 km/h dans une zone scolaire. Quand il ne te laisse pas tranquille et qu’il te prend à la gorge. La pression, tu la sens dans ta poitrine. Elle monte, monte et monte encore. Je sais que tu la sens. Une fois, deux fois, trois fois. Par jour. Quand tu vois quelque chose qui t’inquiète. Quand tu entends quelque chose qui te fait douter. Quand tu commences à réfléchir sur toutes les possibilités. Les scénarios. Les catastrophes.  


Tu hyperventiles. Tu paniques. Tu crois que ton heure est arrivée. Trois fois par jour. Des fois plus, des fois moins. 


Tu souffres n’est-ce pas?  


De ce point dans l’abdomen qui ne te quitte jamais. De ce stress anodin qui finit par te gâcher ta journée. Par cette anxiété qui ronge ton moral jour après jour. À cause de cette fatigue qui ne te quitte plus, parce que tu te bats tous les jours, sans cesse, pour avoir l’air normal. Parce que la normalité est nécessaire à notre société. Ne pas avoir l’air différent. Faible. Vulnérable ou fragile. Ne pas montrer la douleur, la peine ou la colère. Cette colère qui provient de ton âme, parce que tu ne comprends pas pourquoi ça t’arrive à toi. Pourquoi ça te fait autant mal. Pourquoi tu es déçu de te réveiller le matin et soulagé de te coucher le soir.  


Tu pleures. Tu n’en peux plus. Tu veux voir ton heure arrivée. Trois fois par jour. Des fois plus, des fois moins. 


Tu souffres n’est-ce pas? 


De ces émotions qui te rendent fragile. De ce combat perpétuel qui t’annihile. De ce reflet dans le miroir qui ne te ressemble plus. De ces cernes que tu dois cacher tous les jours, pour que personne ne se doute de la souffrance qui te tue un peu plus chaque jour. La peur de te perdre te fait mal. La peur de la peur qui te détruit pas à pas. Cette incapacité à mettre un pied devant l’autre, plus les jours avancent. Lorsque les crises sont de plus en plus puissantes et que les vêtements deviennent trop lourds. Quand le soleil devient trop lumineux. Quand la noirceur devient ta meilleure amie.  

Quand un jour. Tu ne te lèves plus. Que ton oreiller est imbibé. Quand tu ne réponds plus quand on t’appelle. Car ton nom, tu le détestes. Comme le reste de tes journées. Comme le reste de ton environnement. Comme le reste de ta vie.  


Tu lèves le drapeau blanc. Tu laisses l’anxiété prendre sa place et guider la dépression à ses côtés. Son bras droit. Son acolyte. Tu les laisses t’achever, dans un soubresaut d’émotions. Tristesse. Colère. Tu jettes les armes. Ton combat est terminé. 


Tu souffres n’est-ce pas? 


À chaque fois que tu ouvres les yeux. Tu t’en veux. Tu te dis plein de choses et tu les crois. Minable. Incapable. La personne que tu trouvais belle. Elle n’existe plus. Son reflet ne te le renvoie pas. Tu ne te reconnais pas. Et plus le temps avance. Plus tu t’enfonces. Dans les profondeurs des ténèbres. Dans ton esprit embué, noirci, corrompu. Comme si l’anxiété avait réussi à atteindre chaque cellule de ton être. Et que la dépression règne en maître sur ce qui reste. 


Mais un jour, dans un sursaut de volonté. Quand la lumière te fera sourire. Pour la première fois depuis des mois. Tu comprendras que ça ne te tuera pas. Que tu t’en sortiras. Que cette guerre interne n’est pas finie. Que tu peux reprendre les armes. Que tu peux te lever. Te doucher. Manger. Marcher. Que tu peux sourire et aimer. Que tu peux profiter du soleil et de la musique. Des chants extérieurs qui te guident un pas à la fois vers une vie oubliée. Que les sensations sur tes doigts seront décuplées. Que tes émotions seront passées. Quand ton courage sera bien présent. Tu sauras que la souffrance est bien réelle. Celle dans ta tête et celle dans ton corps. Que tu as eu besoin de temps. Mais que tu es toujours là. Ton cœur il bat. Et ton reflet… n’est rien d’autre qu’une superficialité.  


Tu prendras un moment. Pour respirer l’air frais. Le bonheur. La quiétude. Le silence peut-être. Et tu diras ton nom. Tu parleras de tes maux. Tu confronteras la noirceur. Et la guerre, tu la gagneras.  

Et un jour plus tard. Après avoir réussi à surpasser toute ta douleur. À te lever le matin. À aller travailler. À aller prendre ton repas. Goûteux. Savoureux. Joyeux. À prendre ta douche en chantant ta chanson préférée. À te coucher en paix.  


Tu réussiras aussi à voir quelqu’un, comme toi. Et tu lui diras.

 

Tu souffres n’est-ce pas? 


Jessica Di Salvio

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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