• LMM: Elle aime même

Touché! une, deux, trois fois...

Mis à jour : sept. 4

J’ai découvert récemment que je souffrais d’anxiété depuis l’enfance. Du plus loin que me souvienne, à l’âge de cinq ans, inquiète de la mort des gens autour de moi, je me suis mise à développer des gestes que je répétais souvent. Je pensais que, lorsque je reproduisais ces gestes, j’aurais une incidence sur la vie d’une personne. J’empêcherais donc sa mort. C’est à partir de cet âge que j’ai commencé à me donner cette importance, c’est-à-dire que je pouvais avoir un certain contrôle sur la vie ou la mort des gens que j'aimais et qui étaient surtout âgés. Pourtant, personne de mon entourage n’était décédée, à ma connaissance, depuis ma naissance.

Toujours dans des moments où j’étais mal dans ma tête ou que j’étais anxieuse, je faisais certains rituels. Ils me rassuraient et cela fonctionnait, car….la personne ne mourrait pas! Au début, ces tocs ont commencé de façon plus connue. Je touchais deux ou trois fois un objet que j’avais mal touché, c’est-à-dire que j’avais mal ressenti sur mes doigts. Par exemple, je pouvais toucher à plusieurs reprises une poignée de porte, un interrupteur, un cadrage de porte,... Même si j'étais une enfant, je savais bien que cela n’était pas «normal», alors je ne faisais jamais ces gestes devant quelqu’un.


Par la suite, lors de ma routine du sommeil, j’ai commencé à aligner mes pantoufles, réajuster mes draps avant d’embarquer dans mon lit et de toucher et retoucher ma lampe de chevet, car je l’avais mal ressentie. Ces moments d'inquiétudes étaient davantage présents lors du coucher, car j’avais enfin le temps de penser...de penser à la mort. Je pourrais parler de façon de plus approfondie de ma peur de la mort, mais ce n’est pas le point que je veux apporter dans ce texte. J’avais donc toujours peur que quelqu’un d’âgé décède et je faisais ces mêmes gestes pour ne pas qu’il meurt…

En vieillissant, au début de l'âge adulte, j’ai commencé à faire ces gestes pour de plus en plus de raisons ; ne pas perdre mon emploi, ne pas échouer à un examen, .... Lorsque j'ai commencé à étudier, j’ai eu un cour à l’université qui parlait de troubles de comportements chez les enfants et de divers troubles. Là, le professeur nous as dit, “On va parler de vous autres maintenant”. C’est à ce moment qu’il nous a expliqué ce qu'était un TOC et qu’il nous a dit qu’on avait tous des petits tocs (davantage des manies), mais que le problème était lorsque cela nous prenait beaucoup de temps et d’énergie dans notre journée. Il a aussi dit que ces gestes répétitifs ressortent davantage lors des routines de la journée. C’est là que je me suis reconnue !


Lorsque j’ai eu des enfants, mon anxiété s’est directement dirigée vers eux. Donc, je pouvais me rincer les cheveux deux à trois fois, me mettre du baume à lèvres avec un tempo répétitif afin que mes enfants restent en sécurité ou m’assurer que le volume de mon réveil-matin était bien ajusté sur un nombre pair (Les nombres pairs! C’est une autre histoire, car c’est encore un défi à ce jour.). Les routines du sommeil étaient encore très affectées. Je perdais du temps et de l'énergie à les faire. J’ai commencé à en parler à diverses personnes pour m'alléger et me sentir moins «bizarre». J’ai vu et compris que je n’étais pas la seule à vivre de cette façon...et, de plus, les personnes âgées autour de moi sont devenues assez vieilles pour décéder d’une mort bien normale.


Il y a quelques années j’en ai eu assez et que je voulais que ça s'arrête. Plus facile à dire qu’à faire. Mais avec le temps, j’ai commencé à avoir de moins et moins de rituels. Toutefois, ma plus grande angoisse demeure mes enfants. Malgré cela, mes tocs ont presque tous disparus, car je peux désormais me raisonner plus aisément et que ce ne sont pas des souliers mal alignés ou une lumière fermée deux fois qui peuvent vraiment changer le destin….et surtout que je n'ai sûrement pas autant d’influence sur ce qui se passe autour de moi (Hihi! Il faut être capable de rire de soi).


Il peut arriver encore que je mette mon baume à lèvres avec ce même tempo ou que je ferme deux fois ma lumière, mais ces événements se font de plus en plus rares. J’ai appris à chasser ces idées qui m’apportent trop de stress. Je respire profondément pour me calmer. Je reste toujours très prudente et anxieuse quand il est question de mes enfants, mais j’aime mieux être ultra prudente que d’exécuter des gestes qui, je le sais maintenant, n’auront pas d’incidences directes sur mes êtres chers.


LMM

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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