• La fougueuse

Survivre au cancer: les traces laissées par le traumatisme

Mis à jour : janv. 23



Voici un gros bout de l'histoire qu'il vous manquait, probablement le facteur de risque majeur de mes problèmes de santé mentale passés et présents. Je n'aborde jamais le sujet aussi publiquement ou du moins jamais vraiment autant en profondeur qu'avec mes proches ou en thérapie. Je ne savais pas trop comment aborder le sujet ici, mais je pense qu'avec ce qui s'est passé les derniers jours, je revisite cette période traumatisante de ma vie et tout ce qui en découle.


Le sujet est d'autant plus d'actualité parce que j'écris en ce moment de la salle d'attente de l'urgence, les hôpitaux étant parmi la source d'anxiété et de peur principale laissée par la maladie. Vous comprendrez aussi ma réticence envers toute médication, professionnels de la santé, pharmacie et tout le tra la la auquel j'ai été pas mal une «abandonnée» chaque semaine pendant 6 mois et ensuite régulièrement pendant les 5 ans de rémission qui ont suivi.


Vous savez, la majorité des survivants du cancer vous diront à quel point cette expérience a transformé leur façon de voir la vie et l'a rendu meilleure, mais on parle trop peu des traces que ça laisse pendant des années après. Honnêtement, même ton équipe médicale ne te prépare pas mentalement à ce que va être ta vie de «survivant». On ne m'a jamais parlé de choc post-traumatique (statistiques élevées, surtout chez les jeunes adultes), de l'anxiété entourant le système de santé qui allait suivre, l'angoisse de la récidive chaque fois que tu as un petit bobo, éviter la visite chez le médecin (jusqu'à ce que tu ailles vraiment mal tellement ça te terrorise de penser que tu pourrais encore te faire annoncer une mauvaise nouvelle) et comment ta vie et tout autour de toi ne serait plus jamais pareil.


Alors vous comprendrez que mes effets secondaires actuels des antidépresseurs semblent anodins pour le commun des mortels, mais moi ça m'a ramené dans un coin vraiment sombre de mon esprit. Premier traitement de chimiothérapie, je me suis ramassée à l'hôpital trois jours plus tard sur un délire en raison d'un médicament qui était supposé aider à réduire les nausées. Ensuite, la liste d'effets secondaires nommez-la et surtout les plus rares, je les ai pas mal tous eus. Sans compter que le seul symptôme du cancer que j'avais était tellement peu fréquent que c'était l'incompréhension générale, un spécialiste à l'autre et c'était l'incompréhension totale. Mis à part une bosse au niveau supra claviculaire (qui peut être juste la cause d'une infection dans la majorités des cas), seule chose que j'avais était des rashs cutanés. En hiver au Québec quand tu chauffes au bois, ça côte pas grands symptômes d'un lymphome hodgkinien (cancer des ganglions). Alors quand tu as vu un médecin de famille, un ORL, un autre ORL et son interne et personne comprend ce qui se passe, ça te part mal la confiance dans les corps médicaux et bonjour l'angoisse généralisée (surtout avec un cas connu de Hodgkin et de Non-Hodgkin parmi tes cousins germains). Tu réagis ensuite à un médicament supposé aider à endurer la chimio et personne comprend pourquoi. La panique sur le visage de ton oncologiste en sachant très bien que tu aurais pu te ramasser dans un état vraiment terrible (coma ou de quoi du genre de ce que j'ai pu lire dans mon dossier par la suite). Erreur de dosage? Sûrement, mais personne ne va porter le blâme bien sûr, mais j'ai su qu'ensuite tous les patients sur ce médicament, leur dose avait été révisé...


Comme personne comprend pourquoi tu réagis différemment des autres patients au dosage donné pour plusieurs médicaments en lien avec la chimio, qu'ils te donnent le double d'injection pour les globules blancs que ce que ton corps a besoin (que les autres patients de deux fois ton âge, ce qu'ils réalisent après la première série, parce que ta moëlle épinière est tellement sollicitée que tu as si mal dans le dos que tu peines à te lever). La source de ce mystère : la plus jeune patiente en oncologie de l'hôpital du coin. Trop vieille pour l'hôpital pour enfants, mais à 20 ans, tu te sens seule de ta gang, en fait on était deux dans ma gang, moi et un patient de 22 ans (de parenté éloignée alors bonjour le Hodgkin qui n'est pas génétique ici). Tu te sens tellement isolée, seule dans ta réalité, tu te vois mal aller dans les groupes de support avec du monde qui en sont à leur 2-3è cancer ou qui parlent de leurs problèmes financiers d'hypothèque à payer, pendant que toi tu essaies juste de finir ton cégep entre deux traitements de chimio, tu vois le genre. Le pire, n te dit constamment que tu as le «meilleur» cancer et que tout va bien aller dû ton jeune âge. Ben oui, quelle chance toi! Alors quand la chimio est finie et que tu prends une débarque, tu refoules, parce que tu sens que tu DOIS autant bien aller physiquement que mentalement, parce que «tu es encore jeune et tu as la vie devant toi.»


Alors 7 ans plus tard, je suis assise dans cet hôpital et toutes ses images viennent me hanter. Les odeurs, les sensations, tout est imprégné dans mon être. Ce soir, j'ai fini par me décider à venir, après une semaine de constipation sévère, parce que j'ai vomi et j'ai paniqué à revoir l'image de mon corps sur le sol froid de la salle de bain après mon premier traitement de chimio.


Mon corps se souvient, ma tête veut juste oublier...


La fougueuse.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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