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Surmonter la trahison

Ce texte je l’ai écrit il y a plusieurs années, quelques mois après avoir découvert l’addiction sexuelle de mon compagnon et ses nombreuses tromperies avec des prostituées. Je le partage aujourd’hui tel que je l’ai écrit à l’époque. J’espère qu’il permettra de faire connaitre l’addiction sexuelle et de dévoiler les ravages que subissent les conjointes. Mais je le partage surtout pour donner de l’espoir et pour témoigner qu’avec le temps on va mieux, qu’on se relève et qu’on arrive à croire de nouveau en l’amour.


16 janvier, cette date restera sans doute gravée dans ma mémoire.


Ce jour-là, tout s’est écroulé. Comme un château de cartes déjà bancal que je tentais de stabiliser depuis plusieurs mois, mon univers s’est écroulé en une fraction de seconde, laissant alors un vide, un chaos à reconstruire. Ses mots raisonnent encore dans ma tête, ses mots ayant amorcé la révélation :« je n’en peux plus de mentir ». Il n’en avait pas dit plus que j’avais compris, et le désespoir s’emparait de tout mon être.


Puis le choc, il venait de tout m’avouer, et je ne ressentais rien, je n'ai pas versé une larme. Je n’ai aucun souvenir de la discussion suivant sa révélation. Ce n’est que quelques jours plus tard que ma colère et ma peine se sont manifestées.


Cette révélation, c’est la découverte que l’homme avec qui je projetais de finir ma vie. L’homme que j’aimais n’était pas celui que je pensais, et j'apprenais qu’il m’avait manipulée pendant des années. Après cette découverte, tout a basculé. Un tourbillon m’a embarquée et m’a fait sombrer. Bien sûr, cet état de choc, de mal-être, ne durera pas éternellement et je vais me relever. Pourtant, cette cicatrice est présente en moi, et de ce fait elle me change, c’est le triste pouvoir d’un traumatisme.


Néanmoins, je tente de rester positive en prenant conscience que ce jour-là m’a aussi permis de mettre du sens sur des comportements que je ne comprenais pas, de comprendre que je n’étais pas folle (contrairement à ce qu’il avait réussi à me faire croire) et m’a aussi permis de prendre enfin la décision de fuir une relation toxique. C’est un jour maudit, mais aussi un jour béni. Sans ces découvertes, je serais sans doute restée avec cet homme qui me blessait quotidiennement.


Plusieurs mois après, je vois le chemin parcouru avec fierté et celui qu’il me reste à parcourir avec peur. Le chemin vers la guérison est long, parsemé d’obstacles et de chutes. Neuf mois se sont écoulés, et il n’y a pas une semaine sans qu’il m’arrive de faire des cauchemars, de me réveiller en pleurs, et de le chercher dans le lit, espérant désespérément que tout cela ne soit qu’un mauvais rêve.


Progressivement, ces moments se font de plus en plus rares, ma confiance revient, avec parcimonie certes, mais elle revient. Parfois, je retrouve espoir en l’avenir, mais je reste terrorisée à l’idée de ne jamais parvenir à faire confiance, de ne plus me laisser aller à l’amour. Nombreux sont ceux qui me rassurent en me disant que cela ira vite, que je ferais une rencontre qui me permettra de refaire confiance. Je sais qu’ils ont raison, mais je sais aussi que l’état de traumatisme dans lequel je suis ne s’effacera pas si facilement. Et parfois, ces paroles réconfortantes et bienveillantes me renvoient au fait que ce traumatisme est difficile à comprendre.

J’imagine que toutes celles ayant vécu la même situation, n’ont pas forcément entendu parler du traumatisme de trahison (betrayal trauma).

Au mieux, on vous a parlé de la co-dépendance, et vous ne vous êtes sans doute pas retrouvées dans ce fonctionnement.


Pour moi, la découverte des recherches sur le « betrayal trauma » a été révélatrice. Je me retrouvais enfin dans la description des symptômes présents chez les personnes atteintes de ce traumatisme :

· les cauchemars

· les «flash-back»

· l’émotion incontrôlable qui s’empare de tout mon être lorsque je passe devant un club de strip-tease ou un salon de massage

· les troubles du sommeil et de l’appétit

· l’anxiété

· l’isolement

· les difficultés de concentration

· les idées noires


Lorsque j’ai lu les premiers articles sur le sujet, j’ai alors ressenti un sentiment d’apaisement : je n’étais pas folle, je n’exagérais pas, je n’étais pas seule à avoir ces symptômes après la découverte de l’addiction de mon conjoint. Mais j’ai aussi ressenti une colère intense, mon conjoint avait créé ce traumatisme, avec des symptômes similaires à ceux du stress post-traumatique. Travaillant dans le domaine de la santé mentale, je savais alors que le chemin serait long pour guérir, que le traumatisme serait longtemps en moi, avec des moments où les symptômes disparaîtront totalement et d’autres moments où ils réapparaîtront, d’un coup, sans prévenir.


Le premier pas pour moi a été l’acceptation. Accepter d’avoir traversé cette épreuve ; accepter que je sois touchée au plus profond de moi ; accepter que cette expérience me changera ; accepter qu’à certains moments je ressentirais la paix, et qu’à d’autres ma peine, mon anxiété, et les souvenirs resurgiront ; accepter d’être cette femme blessée, qui doit se battre pour se relever.


Mais je refuse que cela soit une fatalité, ce traumatisme peut se combattre, on peut en faire une force malgré tout, apprendre à se retrouver, se connaître davantage, se respecter, pour faire face et ne pas retomber dans une relation toxique.


Même si cela est difficile, il faut parfois parvenir à s’entourer et à en parler. Cela est encore difficile pour moi, mais j’apprends maintenant à me confier, et à faire appel à mes proches dans ces moments où tout s’effondre de nouveau et ce soutien est inestimable.

Je ne remercierai jamais assez ceux qui sont là.


Anonyme.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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