• Kayssie

«Suis-je innocente Monsieur le juge?» - Texte sur la justice et les troubles mentaux

Une femme est victime d'une agression sexuelle. Elle se trouve dans un taxi, dans une ville étrangère, en pleine nuit, avec comme paysage des champs à perte de vue. Son cellulaire est sur le point de tomber en "panne". Une aventure risquée, mais brève qui se conclue le lendemain matin à l'hôpital. À sa sortie, elle doit se reposer, mais son envie d'être entendue prend le dessus. Elle se rendra avec courage au poste de police de sa région quelques semaines plus tard pour entamer le processus de plainte. Elle attend patiemment. Puis, elle relance la personne chargée du dossier aux 3 mois, lui ayant dit que le délai était de 6 mois. Gentiment, par courriel, même si elle avait en sa possession le numéro de l'enquêtrice en charge de son dossier.


Finalement, elle reçoit l'appel fatidique 1 an et demi plus tard. On lui décrit en détail le processus de recherche de preuves et d'interrogatoires, ainsi que le fonctionnement du lien entre les services de l'ordre et le procureur de la couronne. Ça, c'est l'avocat qui défend la population, c'est lui qui guide l'enquêteur en évaluant la solidité des preuves, faute de quoi il n'y aura pas de procès.


"Je dois malheureusement t'annoncer que le dossier a été fermé, car il y avait une différence entre ton témoignage et la version des personnes ayant eu des informations sur ton état, ces personnes ayant été en contact avec toi brièvement lors de cette nuit-là. De plus, certains détails nommés divergeaient complètement de ta description de l'événement."


Le système de justice pour les victimes d'actes à caractère sexuel est énormément complexe, puisqu'il s'agit, dans la majorité des cas, de la parole de la victime contre celle de l'agresseur. Notre côté rationnel est capable de saisir que les miracles n'existent pas.


Dans le cas présenté ci-haut, cette femme était en psychose bien malgré elle, sans l'usage d'aucune substance psychotrope. Elle se sent jugée. La maladie mentale a le dos large...


"Avant de raccrocher, as-tu vraiment été agressé?" conclut l'enquêtrice. C'est enrageant, et probablement que cette femme aurait préféré qu'on lui coupe un doigt plutôt que d'entendre ces mots.


Malheureusement, c'est une histoire qui reflète la réalité de beaucoup trop de victimes. Sachez que j'utilise le féminin pour le texte, mais que je n'oublie pas et ne banalise pas les hommes qui peuvent être victimes de tout genre d'actes criminels.


Jouons au jeu de la devinette. Cette nuit-là, dans ce même taxi, avec le même inconnu au volant, qui aurait posé le même geste à l'égard d'une personne vulnérable mais pas "déconnectée de la réalité", il y aurait eu une ordonnance de comparaître, oui ou non? Nous ne le saurons jamais. Sachons reconnaître les failles du système de justice.


"Suis-je innocente Monsieur le juge?"

"Oui certainement, mais je suis coupable d'être malade."



Kayssie

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