• France P.

Soyez patients, je fais mon possible

Demain, c’est le grand jour. Demain, ma petite femme devient complète et sa dysphorie va prendre du repos. Mais moi, j’embarque dans une course de 3 mois où je vais être seule avec les enfants à la maison. Je vais tenir le fort pendant 3 mois avec très peu d’aide de ma femme qui va être alitée. Selon elle, j’exagère. La montagne n’est pas si haute ni si dure à gravir. Pour moi? Je suis devant l’Everest et je me demande comment je vais jongler les soins de ma femme, 40h de travail, les matchs de basketball de ma fille, tout ça en essayant d'avoir un peu de temps pour moi. Une chose à la fois qu’ils disent.


Demain, j'ai pris congé du travail. Je vais porter ma femme à l’autre bout de la ville dans le trafic matinal. Je dois être de retour pour le dîner afin de faire manger les enfants et qu'ils retournent à l'école à temps. En soirée, j'ai le premier match de basketball de ma plus vieille. Je vais profiter de la tranquillité de l'après-midi pour me reposer et siester un peu, question d'emmagasiner de l'énergie pour les jours à venir.


Des ami.e.s à nous se sont proposés pour nous aider avec les repas, et j’ai de la misère à dire oui. J’ai tellement l’impression de profiter. Je me sens coupable de ne pas être capable d’être une mère célibataire à temps plein quand plusieurs le font pendant tant d’année sans chialer, ni sourciller. Mon anxiété est dans le tapis et je capote à me dire que je dois gérer tout ce petit monde-là. Je dois être forte et me dire que je suis capable.

Aussi, je sais très bien que pendant ces 3 mois-là, je ne pourrai pas beaucoup sortir et m'éloigner de ma douce moitié. Si je le fais, je devrai m'assurer que quelqu'un s'occupera des enfants et veillera sur ma conjointe pendant ce temps. Cela dit, j'ai quand même prévu sortir pour mon party de Noël de bureau et pour ma fête. Je vais également organiser quelques sorties avec les enfants afin de les sortir de la maison un peu. Mais par-dessus tout, j'espère trouver des occasions pour faire des sorties seule et ainsi décrocher de toute cette pression et des obligations familiales.


J'aurai absolument besoin de ces moments-là sans quoi j'ai peur de flancher. J'ai la chienne de me planter et de briser en 1000 morceaux. Je crains de me sentir dépassée et de ne pas voir le mur devant moi. J'ai peur. Non ... en fait, je suis TERRIFIÉE. J'ai la trouille que cette période surchargée me fasse redescendre au fond du baril. On me dit que je suis entourée, mais je crains de me retrouver seule quand les gens se seront tannés de nous aider. J'ai peur de me perdre à travers tout ça, et surtout, de perdre le peu de confiance en moi que j'ai acquise dans les derniers mois.


Alors je demande à ma famille, mes amis et mon entourage : Soyez doux avec moi cet hiver. Je vous en supplie. Si vous avez du négatif à me dire, attendez que tout ça soit derrière moi. Je n'ai pas la possibilité de me faire taper sur la tête en ce moment. J'ai plutôt besoin de douceur et d'amour, d'écoute et de compréhension. Je fais les choses une à la fois, un moment à la fois. Je vais sûrement oublier des trucs importants. Si c'est le cas, rappelez-le-moi doucement et ne m'en tenez pas rigueur. Je vais comprendre et me reprendre.


Soyez patients envers moi, je ferai tout mon possible.


France P.




*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'Office québécois de la langue française.

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