• Jade G.

Si j'avais dénoncé...

Mis à jour : sept. 4

Si j’avais décidé de le dénoncer au moment où il m’a pris les fesses pendant un entrainement? Si j’avais parlé à la place d’encaisser les reproches, les insultes et les regards déplacés? Aurais-je pu éviter les conséquences de ses gestes et de ses paroles? Probablement. Mais j’étais dans une dynamique d'abus, une dynamique extrêmement blessante et néfaste pour l’adolescente que j’étais il y a quelques années.

J’y ai cru à ses promesses et à ses actions blessantes. J’ai été naïve comme plusieurs l’auraient été dans ma position. Les gens pourraient dire que j’aurais dû être plus forte mentalement et que j’aurais dû lui dire d’arrêter de me traiter de la sorte. Cependant, j’avais toujours mon rêve en tête et je ne voulais absolument pas le gâcher en allant lui parler. Je savais qu’il avait tout en son pouvoir pour me rabaisser. Ce n’était jamais de sa faute. C’était lui la victime, pas moi.

Pendant 5 ans, j’ai encaissé les « fuck you Jade », les « tabarnak Jade », les « ta gueule », les « tu mérites une bonne claque en arrière d'la tête pour avoir dit ça !!! », le fameux « si j’avais ton âge, je te marierais » et les nombreux regards déplacés. Il me blâmait pour les erreurs de mon équipe et pour les siennes. C’était toujours de ma faute. Il me donnait des conséquences alors que je n’avais rien fait de mal. Il a commencé par m’éloigner peu à peu de mes amis. Il me disait de garder nos conversations secrètes. Il voulait que je n’écoute que lui, que j’aie de yeux que pour lui. Il me rappelait constamment qu’il faisait tout ça parce qu’il m’aimait. Autant il pouvait être méchant et dégradant, qu’il pouvait m’inviter à aller prendre une bière et qu’il me faisait des traitements de faveurs sans que les autres le sachent. Je n’avais le droit de rien dire. Et pour une jeune ado de 13-14 ans, c'est un secret lourd à porter.


Tout ça pour dire que je ne cherche pas la pitié, mais à sensibiliser. Les hommes ne sont pas tous comme mon entraineur a été, mais soyez à l’affut des signes. Je ne compte même plus ce qu’il a réussi à détruire en moi parce que ça n’en vaut plus la peine. Je sais par contre qu’il ne m’a jamais enlevé cette force que j’ai de me relever après les épreuves. Parce que oui, j’ai pensé abandonner à maintes reprises. Je voulais en finir. Je m’en voulais, j’en voulais au monde, j’en voulais à la vie. Maintenant, je vis avec l’anxiété sociale et la dépression. Je ne suis pas capable d’être en groupe et d’être le centre de l'attention. J’ai peur de revivre mon passé si je fais une erreur et qu’une personne me regarde. J’ai peur qu’on me juge pour qui je suis. J’ai peur d’être abandonnée. Mais tout ça ne me définit pas. Cette histoire ne me définit plus, elle fait partie de mon bagage d’expérience que j’utilise pour devenir plus forte.

Crois en l’espoir de t’en sortir, il y en a. Accroche-toi aux personnes qui t’aiment inconditionnellement. Mais surtout, accroche-toi à toi tout simplement. Fais-toi confiance, tu as tout pour réussir.

Cette histoire, c’est la mienne, mais c’est aussi celle de plusieurs jeunes qui se font avoir par des entraineurs mal intentionnés.

À toi qui se reconnais dans mon histoire, je te garantis une chose avec certitude, ce n’est pas de ta faute, ce ne le sera jamais, crois-moi…

- Jade G.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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