• Chloé C.

Se sentir grosse n'est pas une émotion


Devant mon miroir, complètement nue, je vise mes cuisses, mon ventre, mes joues. Je suis grosse, je l’ai toujours été… dans mon regard à moi. Peu importe le poids. Peu importe ce que les autres en disent. J’me sens grosse.


Quand la chicane pogne avec mon chum, quand tout tourne de travers au travail, que l’anxiété atteint des plafonds parce que j’ai honte de moi et de ce que les autres pourraient en dire ou que j’angoisse parce que je suis seule, j’me sens grosse.


Quand le temps est à l’orage ou à la tempête de neige, quand mon auto est verglacée, quand je tombe malade, que les allergies se manifestent, quand je me lève trop tôt, que je fais de l’insomnie, quand je me pèse ou me regarde dans un miroir, je me sens grosse.


Quand j’avale un liquide calorique ou que j’ingurgite autre chose qu’un légume qui ne me fait pas peur, quand je dois côtoyer des gens autour d’un repas, quand je consomme de l’alcool, quand les Fêtes arrivent et que les partys regorgent d’aliments qui m’effraient, quand la restriction provoque des crises d’hyperphagie, je me sens grosse.


Quand je suis en colère, que j’ai honte, que la culpabilité m’assaille ou que je ressens de la tristesse : je me sens grosse.


Je ne sais pas où j’ai déjà pu lire que se sentir grosse pouvait être reliée à un réel sentiment. Pourtant, pour moi, tout se camoufle derrière le paravent de « l’émotion » de la grosseur. J’me sens de même. Avant même de ressentir quelque chose d’autre.


J’ai appris que ça ne représentait nullement la réalité, que derrière cette impression se cache toujours quelque chose. Je saisis désormais qu’il faut que je cherche ailleurs. Et pourtant, j’me sens grosse pour vrai.


J’aimerais faire la paix avec mon corps, arrêter de me prendre la tête avec mon poids, arriver à ne plus capoter dans des situations sociales qui comprennent de la nourriture, mais je n’y arrive pas encore… et peut-être que ça ne m'arrivera jamais. Ça fait tellement longtemps que je pense de cette façon.


Par contre, je constate à quel point c’est grossophobe de mettre toujours la faute sur l’aspect corporel et arguant que je suis grosse. Non, être gros n’est pas un sentiment, et les gens en surpoids ne sont pas laids ou mauvais pour autant. On est programmé dans la société à voir un problème avec le poids. S’il y avait moins de pression pour être mince, si peu importe le gabarit, tous seraient socialement acceptés et si les « standards de beauté » n’étaient pas constitués d’une allure mince voire maigre, peut-être que je me détacherais un peu plus de mon aspect physique. J’aurais dans ma poche plus de chance de m’accepter.


Actuellement, je nécessiterais un solide lavage de cerveau pour dire que j’me sens bien dans ma peau.


Je sais que je ne suis pas la seule à me définir par mon image corporelle, à ressentir la grosseur comme émotion. J’aimerais me lever contre ce dictat et proclamer : mon poids pose problème… et puis alors? Je suis ce que je suis, pas autre chose. Je n’ai peu de contrôle sur un poids prédéfini biologiquement et s’accepter constitue la meilleure chose qui soit.


Abats le sentiment qui n’en est pas un et commence, Chloé, par essayer de te connecter sur les vraies affaires. T’es capable. Vous en êtes tous et toutes capables.


Chloé C.




*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'