• Chloé C.

Se noyer dans le regard de l’autre, un jour avec une narcissique hypervigilante

Ça m’effraie de croire qu’en lisant le titre vous pourriez me juger. En fait, j’ai la conviction qu’il est déjà trop tard. Me voilà déjà catégorisée comme LA version féminine d’un certain ancien président des États-Unis. Dénigrante, arrogante, sans empathie... quelqu'un qu'on doit fuir à tout prix.

Mais j’ai un gros problème : ce que vous pourriez penser de moi ne me laisse pas de glace. Au contraire. C’est même au cœur de mon trouble. Il ne s’écoule pas une heure sans que je ne sois démolie par ce qu’autrui pourrait porter comme regard sur moi. En quête de votre approbation, peut-être pour savoir que vous ne me détesterez pas, je me risque à vous livrer une journée de ma vie.

*

Je me suis levée ce matin et en apercevant mon reflet et toi à mes côtés, je me suis demandée ce que tu allais penser de moi une fois réveillé. Quand tu me verrais les cheveux en bataille, les traces de mon sommeil étampées sur mon visage et moi à moitié nue à la lumière du jour. Mon estomac s'est contracté en songeant que tu puisses me trouver moins attirante que la veille, que nos instants partagés puissent te sembler ridicules maintenant que tu serais disposé à mieux me voir. Je n’ai pas supporté l’idée et je t’ai laissé seul dans ton grand lit king.



Au travail, ma boite vocale clignotait. Mon patron. Il voulait me rencontrer aujourd’hui. Tu as cessé d'exister. Ce qui me terrorisait maintenant, c’est d’avoir pu commettre des erreurs, sans savoir lesquelles, et de me les faire reprocher. Je scannais mes derniers jours de travail pour chercher la faille. J’avais réalisé des heures supplémentaires à mes frais pour m’assurer de bien faire le boulot. J’avais même pris soin d’en faire plus que Jennifer, la deuxième plus performante de la boite après moi. J’étais très irritée d’être, moi, convoquée. J’ai alors bâti une véritable défensive argumentaire jusqu’à la réunion… qui finalement n'a rien eu à voir avec mon travail ou moi-même.


Tu es apparu de nouveau à mon esprit quand mon cell a sonné. Ton numéro. J'ai refusé d'y répondre. Je ne souhaitais pas entendre ta colère et m’y mettre à mon tour pour t’expliquer ce que je ne pensais pas devoir justifier : ma liberté. À la place, je t’ai laissé m’inonder de textos. Tu semblais plus inquiet que fâché. Cette inquiétude m’a surprise et j’ai sombré dans la honte.De penser que la représentation que tu te faisais de moi volait en éclat. De croire que tu ne me voyais plus comme avant. De sentir que je perdais des points à tes yeux. J’ai failli t’appeler mille fois durant la soirée pour vérifier. Mais j’avais peur d'avoir raison. J’ai préféré éviter mon téléphone, roulée en boule sur mon divan.


Mon cœur a voulu sortir de ma cage thoracique quand je t’ai entendu cogner à ma porte. Je ne t'ai pas laissé entrer. J’ai plongé dans ton regard pour y trouver une quelconque trace de blâmes à mon égard. Aucune. Je t’ai fouillé tout entier à la recherche de différences dans ton comportement, dans tes attitudes envers moi. Rien. Dans tes yeux, j’étais encore celle pour laquelle tu avais craqué. J’ai respiré. Tes bras se sont ouverts. Dans ton étreinte, je n’avais plus aucun doute : j’existais, belle, intelligente, drôle. À l’infini.

*

Ce n’est pas la première fois ni la dernière que je me comporterai comme je l'ai fait aujourd’hui. Aussi, je fuis le regard des autres en général, terrorisée par une potentielle critique. Je me fais discrète pour éviter qu’on me juge. J’ai développé une hypersensibilité aux réactions des autres, alors je pense souvent deux coups en avance à titre préventif. Parfois, quand on me parle, je réfléchis surtout à ce qu’on peut penser de mes paroles. Avant d’écrire, je réfléchis, non pas à ce que j’ai envie de communiquer, mais à l’opinion de celle ou celui qui va me lire. J’ai de la difficulté à appeler des inconnus par crainte de mal paraître. Et je fuis toutes situations qui peuvent potentiellement me mettre dans l’embarras.

J’ai mal à mon estime de moi. Si j’avais plus d’estime, le regard d’autrui n’impacterait pas autant ma vie. La bonne nouvelle c’est que j’en suis consciente et que cela se travaille. On peut arriver, même quand on est hypervigilant, à se détacher de ses peurs.

*

Un jour, je ne m’enfuirai plus de ton lit et j’accepterai de me noyer dans tes yeux bleus avec la conviction que je n’en mourrai pas.


Chloé C.



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