• Laurie

Se foutre de l'étiquette

Mis à jour : sept. 4

Ça fait maintenant près de deux ans et demi que j'ai un diagnostic de trouble de personnalité limite. Lorsque j'ai rencontré la psychiatre, à l'époque, ça faisait presque 1 an que je subissais les foudres de ce diagnostic de façon intensive et régulière. Mais avant ça... rien. Ou pratiquement rien. Je reconnais que j'avais des traits, que je pouvais m'identifier un temps soit peu aux critères, mais rien d'autre.


Ça ne faisait pas longtemps que les traits s'étaient métamorphosés en trouble, mais je n'arrivais plus à m'endurer. Je ne me reconnaissais plus. Je me suis donc présentée de plein gré à l'hôpital et j'ai reçu en un temps record une nouvelle étiquette. J'étais maintenant Laurie, la TPL. J'ai eu une petite période d'adaptation, je devais avaler ma pilule. Et puis, par la suite, comme je suis une excessive, je me suis mise à lire tous les ouvrages (scientifique ou pas) reliés aux troubles. J'ai fait 1001 recherches google. « Comment traiter le trouble de personnalité limite ? » «Conseils pour le conjoint d'une TPL », etc. Je voulais le traiter comme on traite une blessure physique. Je pensais que je n'avais qu'à travailler sur moi un certain temps et puis, mettre ce diagnostic derrière moi.


J'avais tout faux.


Il n'y a aucune recette miracle. Je n'ai rien «réglé» de cette façon. J'ai juste réussi à me mettre davantage de pression sur les épaules, à développer de l'anxiété et à culpabiliser sans bon sens, au point d'avoir, à certains moments, le goût de m'en aller loin, très loin, là où on ne me connaîtrait pas et tout repartir à zéro.


Deux ans et demi plus tard, j'ai complètement changé ma vision du diagnostic. Mon TPL, c'est une étiquette de plus sur ma boîte. Au même titre que des millions d'autres. Mais le contenu de la petite boîte, lui, il ne change pas. Je suis, et serai, toujours moi, Laurie. J'ai donc arrêté de focusser sur les mauvais côtés du TPL. Je ne cherche plus à m'en départir coûte que coûte. Je me concentre plutôt sur le principe de « devenir une meilleure personne », pour moi-même avant tout. J'apprends à me connaître, je découvre mes défauts, et je tente de les travailler. Point final. Qu'il s'agisse de mon impulsivité ou bien de mon incapacité à terminer un verre de jus (oui oui, je jette toujours un petit fond et pour remédier à la situation, je bois maintenant à la bouteille), je mets autant d'effort à trouver une solution (je suis bien consciente que ma solution pour mes verres de jus n'est vraiment pas parfaite). Bien entendu, certains comportements sont plus difficile à gérer. Ils me prendront plus de temps pour arriver à quelque chose d'agréable pour tous. Mais j'ai pris la décision de travailler sur ce qui me dérange moi, sur ce qui m'occasionne des problèmes. Et non pas sur les dits traits de la personnalités limite qui sont problématiques selon la science.


J'ai fini par avoir cette réflexion quand je me suis rendue compte qu'on me complimentait souvent pour des attitudes qui, toujours selon les écrits (DSM et autres), correspondent aux «défauts» du TPL. Quand on m'a parlé de mon instinct fort et perspicace, j'ai compris que mon impulsivité n'était pas toujours une nuisance. Quand on m'a dit qu'on aimait se confier à moi parce qu'on sentait que je me souciais sincèrement des autres, j'ai compris que mon hypersensibilité pouvait être un atout. Quand on m'a remerciée d'avoir pris le temps d'écouter des points de vue différents des miens et de ne pas avoir jugé des situations qui ne me ressemblaient pas, j'ai compris que ma peur de l'abandon pouvait parfois se transformer en grande ouverture d'esprit.


Bref, un jour j'ai compris qu'un diagnostic, ça avait ses avantages. Ce jour-là, j'ai arrêté de vouloir m'en départir en totalité. Et j'ai commencé à tout simplement travailler sur ce qui m'occasionnait des difficultés et qui rendait mon quotidien (ou celui des autres) moins agréable.


J'ai décidé de me foutre du diagnostic. J'ai décidé de me foutre de mon étiquette. J'accorde maintenant beaucoup plus d'importance à la petite fille qui se trouve dans la boîte.


Laurie.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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