• Sana

Se choisir dans la thérapie

Mis à jour : sept. 5

Être en thérapie, c'est toute une décision à prendre pour soi. Ça demande beaucoup de courage et d'amour de soi. Parce qu'au fond, aller en thérapie, c'est se choisir. Choisir de reconnaître ses difficultés, choisir que ses blessures valent la peine d'être guéries, parce qu'on vaut la peine d'être réparé.


Qu'on se retrouve dans le bureau d'un professionnel par obligation ou par choix, ce n'est jamais évident. C'est confrontant : je ne vais pas bien. On a devant soi une personne qui a un bagage reconnu pour pouvoir nous aider à aller mieux. Plusieurs options s'offrent à nous. Deux reviennent souvent : je me lance à fond ou je résiste ?


Pour moi, aller chercher de l'aide professionnelle n'aura pas été facile. Bien sûr, mon expérience n'est pas généralisable à tous les intervenants. Je ne fais qu'écrire sur mon rapport amour/haine avec mon rôle de personne aidée au lieu de personne aidante.


''Mais tu le sais ça, n'est-ce pas, tu es intervenante !'' , ''Je ne prendrai pas beaucoup de temps pour t'expliquer ça, je sais que tu connais bien ça, tu es intervenante'' , ''Tu sais comment gérer une crise, tu es capable d'appliquer ce que tu fais à ton travail à toi-même'' , ''Je suis certain(e) que tu vas t'en sortir rapidement, tu me sembles être une bonne intervenante''


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S'il vous plaît. Non. Je vous l'ai déjà dit, la professionnelle est en petites miettes depuis quelques mois déjà. Mes repères me semblent tellement inexistants que je ne sais même plus à quoi va ressembler la professionnelle que je serai un jour. Si je réussis à le redevenir ? Au quotidien, je me questionne sur mon identité. Le trauma aura craquelé mes fondations aussi profondément que ça. Qu'est-ce que j'aime ? Qu'est-ce que je veux ? Qui suis-je ?


Nous nous entendrons sur le fait que, tout ça, ça génère tout un flot d'anxiété. L'anxiété, ma partenaire de vie depuis si longtemps. Elle est si prenante que, depuis le début de mon arrêt, elle m'amène à un autre niveau : les crises de panique. Ces crises que je gérais et non que je vivais ? Oui, celles-là. Maintenant, je les connais bien. Flashbacks ? Crise de panique. Quelque chose qui me ramène à l'événement ? Crise de panique. Trop de stimulis dans une mauvaise journée ? Crise de panique en arrivant à la maison.

Bref, toutes les théories que je connaissais et que j'appliquais dans mon travail, elles n'existent plus dans mon cerveau. Elles n'ont plus de place. Mon cerveau est rempli d'anxiété, de peur, de colère et du traumatisme. Dans tout ça, dans toute cette détresse, cette souffrance, il ne reste plus de place pour mes connaissances théoriques. De toute façon, j'ai le droit, comme tout le monde, d'aller chercher de l'aide.


Je me suis sentie incomprise par plusieurs intervenants que j'ai tenté de rejoindre en situation de crise vu cette barrière amenée par mon métier. Mon premier bloc de thérapie pour mon stress post-traumatique n'aura pas fonctionné pour la même raison. Loin de moi l'idée de dire que ce sont de mauvais intervenants eux-mêmes. Je pense que c'est facile de se laisser glisser dans cette lignée d'intervention lorsqu'on a devant soi un intervenant en détresse. De tenter d'aller chercher la partie professionnelle de la personne pour l'aider à avancer.


À toi, l'intervenant qui lit ce texte. S'il te plaît, rappelles-toi que, lorsqu'on demande de l'aide, c'est en tant que personne et non en tant que professionnel. Que cette personne est perdue, qu'elle souffre, qu'elle est en crise. Prends-nous comme tels, comme tu prendrais n'importe quelle autre personne qui n'a pas ces connaissances. C'est difficile pour tout le monde de lever le drapeau blanc pour dire que c'est assez. Offres-nous cet espace, où l'on peut te faire confiance et te laisser être celui ou celle qui a les compétences.


À toi, la personne qui a besoin d'aide. Même si tu n'es pas intervenant. Rappelles-toi que c'est toi qui sait, au fond, ce dont tu as besoin. La thérapie, tu la fais pour toi. Lorsque tu fais un appel parce que tu es en crise, tu le fais pour toi. Peu importe où tu es rendu dans ton chemin vers la guérison ; c'est toi et ton bien-être qui compte. Si l'intervenant au bout du fil ou devant toi ne réponds pas à tes besoins, dis-le. Tu mérites d'être écouté dans ce que tu ressens et de le nommer quand les interventions ne t'aident pas. Je sais que ce n'est pas facile, j'ai fais 10 séances avec une intervenante avec qui je n'étais pas bien parce que je n'ai pas osé le dire avant.


Demander de l'aide, c'est se mettre en priorité. Au quotidien, je dois me rappeler que c'est pour cette seule et unique raison que je poursuis mon chemin en thérapie. C'est difficile, mais je pense que le jeu en vaut la chandelle.


Si c'est valable pour moi, ce l'est pour toi aussi.


Sana.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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