• France P.

Salut à la petite moi

Dernière mise à jour : janv. 9

Aujourd’hui, on parle de tes racines. Ce qui fait de toi qui tu es à ce jour. On discute de ce qui t'a fabriquée et moulée.


Tu sais France, ton passé est intense, lourd et compliqué, mais il signifie que tu es une battante. Tu es une humaine forte et généreuse. Je sais bien qu'on va te dire le contraire toute ton enfance, mais ce sont eux qui ont tort. Tu es si FORTE!


Tout d'abord, sache que, non, tu n'es pas folle. Ton père te l'aura dit toute ta jeunesse et même une bonne partie de ta vie d'adulte. On t'a même de nombreuse fois surnommée «la folle». Mais vraiment, tu es loin de l'être. Tu es même très saine d'esprit. Tu es consciente de ce qui t'entoure et tu arrives à transformer tes faiblesses en forces. Franchement, tu m'impressionnes, France, d'avoir traversé tout ça et d'être encore là aujourd'hui.


Enfant, tu as été la risée de chacune des écoles que tu as fréquentées. Des aliments déjà mastiqués, des insectes, de la gomme et des crachats, on t'en a jetés plein la figure. Pas une semaine ne s'est passée sans que tu aies à aller voir la secrétaire afin qu'elle s'assure que tu n'aies pas de poux. Certains élèves avaient même inventé une comptine avec ton nom, et cette chanson t'a suivi jusqu'à ta graduation. Combien de fois as-tu tenté d'avoir de l'aide pour tout ce bullying que tu vivais, mais tu avais si bien intériorisé que tu étais folle et qu'il te valait mieux te taire que tu n'osais pas finalement.


Te souviens-tu de tous les efforts que tu as faits pour être «cool» ? De tout ce que tu étais prête à faire pour être aimée? Au final, le tournant de ton histoire sera quand tu briseras une chaise en la lançant contre un mur pendant un cours de théâtre, vers la fin de ton secondaire 5. Il s'agissait d'un exercice où tu devais faire comme si tu te confiais à quelqu'un à propos de tes peines et tes hontes. Tu finiras par aborder tes tentatives de suicides et tu te fâcheras au point de lancer cette maudite chaise qui te servais t'interlocuteur. Tu étais gênée, mais finalement, tu auras réussi à leur faire voir un autre côté de toi. Leur faire voir la noirceur dans laquelle iels t'enfonçaient à chaque insulte qu'iels t'envoyaient.


Tu as tout de même réussi à te faire quelques ami.es vers la fin du secondaire. Même un chum! Et grâce à ce chum que tu as suivi un peu partout dans notre belle province du Québec, tu as su découvrir des coins secrets, mais tu as surtout appris à te découvrir toi. Ne te cache plus jamais, belle France.


Après le secondaire, vient cette sombre période. Te souviens-tu de lui? Ton ex? Celui qui aurait pu être le père de ton premier enfant, mais qui préférait que tu avortes faisant passer ses besoins en premier, ne se préoccupant pas tes tiens? Suite à cette histoire, tu as été, une fois de plus, la risée de la ville, car selon la rumeur, tu l'aurais trompé et te serais fait avorter par honte. Ce n'était pas ça du tout. Seulement, être mère à 17 ans, d'un gars qui ne veut rien savoir de toi et du bébé, ce n'était pas dans tes plans. Mais malgré tout, tu resteras encore auprès de cet homme. Tu seras prête à tout pour lui. Tu quitteras ton coin de pays pour le suivre. Mais rien ne se passera comme prévu. Je ne te dis pas de ne pas suivre ton cœur, France. Je te mets simplement en garde face à ton impulsivité.


Malgré tout, ton père est celui qui t'aura le plus nui. La violence qu'il t'infligera ne sera pas physique. Mais tu en resteras marquée à jamais. Toute ta vie, tu auras peur des voix fortes et des hommes qui consommeront un peu trop d'alcool. Ce sont vraiment les traces psychologiques laissées par toute cette violence qui seront les plus difficiles à guérir. Ton père t'a inculqué ton éthique de travail : Ce qui se passe à la maison, reste à la maison. Tu ne feels pas ? Tu as le moral bas ? Pas grave, au boulot! Les émotions, c'est inutile, ça ne sert à rien! Ton père t'aura aussi laissé autre chose en héritage : Tes insécurités. La petite voix que tu entends et que tu as baptisé George, elle le représente. Une voix malsaine qui hante tes nuits et te fait douter de tout. Tu dois savoir, France, que tu es une meilleure personne que lui, que tu arriveras à passer par-dessus.


Et pour y arriver, tu auras toujours ta «N'amour». Ta grand-mère maternelle sera ton pilier et elle t'offrira ce soin secret quand tu sentiras que plus rien ne va. Tu t'y sentiras tellement bien que tu supplieras tes parents à plusieurs reprises de te mettre dans un bus en direction de chez grand-maman. «N'amour», c'est ta force et ta lumière dans tout ce noir qu'est ta jeunesse. Celle qui t'écoutera et te conseillera. Je t'avertis, lorsqu'elle te quittera, sa perte sera très difficile et atrocement douloureuse à vivre. Tu auras l'impression de perdre une grosse partie de ton âme. Mais sache qu'elle veillera toujours sur toi et tes enfants, peu importe où elle se trouvera.


Tu es tellement forte, France. Accepte les compliments. Tu n'en as pas reçu souvent plus jeune. Mais maintenant adulte, sache que tu y as droit. Et que tous ceux que tu reçois sont vrais. Tu es loin d'être une incapable. Tu es absolument compétente. Fonce! Ne laisse pas les autres te marcher sur les pieds. Tu es une bonne personne qui a tout pour réussir. Tu peux être vraiment fière de toi.


Je t’aime France! Tes racines sont peut-être faibles, mais toi tu es forte!

France P.





*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'Office québécois de la langue française.