• Jade G.

S'aimer assez pour dire non

La porte fermée. Poing sur table. Regard accusateur. Pieds fermement sur le sol, prêt à bondir si l’opportunité se pointait. J’avais peur. Je ne me sentais pas bien dans mon corps, dans ma tête. Qu’allait-il me dire, me crier ou pire, me faire? J’avais vraiment peur. Qu’avais-je fait pour être dans cette situation? Il me regardait d’un regard si perçant. Mes larmes se sont mises à couler toutes seules, sans cesse. La tension montait. Je devenais de plus en plus rouge à force de réfléchir à tout ce qui pouvait se passer. Les prochaines minutes allaient passer comme des heures. Cette forme d'abus psychologique est sournoise.


Et puis, c’est là que ça a commencé. « Ta gueule, arrête d’avoir l’air bête avec moi, après tout ce que je fais pour toi! », en passant par « T’aurais dû faire ci, ça. Qu’est-ce qui te prend ? Arrête de baisser la tête! » Il en rajoutait. « Parce que t 'es une esti d 'chochotte !!! Bâtard! Si tu veux quelque chose, tu t’organises! T'as-tu ce qu’il faut pour dominer ou tu l'as pas ! Arrête de chialer ! Fait donc ta job criss ! » Ça n’arrêtait plus. Je voulais sortir de son bureau. J’avais peur de son pouvoir. Il pouvait me détruire en une fraction de seconde. J’étais prisonnière sans vraiment l’être. Je savais que je pouvais sortir à tout moment, mais il me gardait là, avec lui. Comme si je lui appartenais. Mon âme était la sienne. Mais il continuait et je n’étais pas capable de faire le moindre geste. Je restais là, devant lui, assise, les jambes croisées, les mains moites et tremblantes.« Tu me remercieras quand j'aurai réussi à faire quelque chose de toi!», m’a-t-il dit. « Tu n’es pas une leader. Arrête de penser juste à toi! Tu es tellement égoïste! Sors de mon bureau, maintenant! » Mes pensées arrivaient à vive allure. De quoi j’ai l’air? Pourquoi je l’ai laissé faire? Je suis nulle. Je ne vaux peut-être rien s’il le dit. Est-ce que je mérite vraiment de me faire traiter de cette façon? Mais en même temps, est-ce que c’est de ma faute? Peut-être a-t-il le droit de me dire ces choses? Je ne savais plus. Tu dois peut-être te dire que ce n'est pas si pire et que ses mots ne sont pas si blessants. Tu penses ce que tu veux, mais je te garantis que tu ne veux pas te retrouver dans une situation comme la mienne.

J’avais 15 ans. Personne ne devrait parler à une jeune de cette façon. Pas à 15 ans ni à n'importe quel autre âge. Cette dynamique d'abus et de violence a commencé à mes 13 ans. Il était mon entraineur. J'étais vulnérable. Je voulais le dénoncer parce qu'au fond de moi, je savais qu'il n'avait pas le droit de faire ce qu'il me faisait, à moi et à trois autres filles. Cette relation ambiguë et néfaste pour la jeune fille que j'étais et la femme que je deviens est difficile à mettre en mots. C'est difficile d'expliquer le mauvais traitement auquel j'ai eu droit quotidiennement, les regards de dégoût et les paroles qui résonnent en moi encore à ce jour. Il aurait dû savoir où mettre la limite. Malgré tout je continue de me sentir coupable...



Ma résolution maintenant, c’est de m’aimer autant que j’aime les autres. On doit commencer à s’aimer comme on est. S'aimer assez pour dire «non» à des comportements abusifs. S’aimer soi-même avant d’aimer l’autre parce que là est la base de la vie. Je dois m’aimer. M’aimer simplement.


-Jade G.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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