• Chloé C.

Pièges à estime

La plupart des gens ne réévaluent pas constamment leur valeur, ne la remettent pas systématiquement en doute. Malgré les échecs, malgré les difficultés, pour eux, l’estime de soi reste relativement stable. La mienne a tendance à prendre de solides débarques. Un jour, j’arrive à me sentir compétente au travail, utile à la maison, performante dans mes obligations et le lendemain, tout peut s’écrouler. Je m’accroche les pieds dans les mêmes obstacles : mes pièges à estime.


Le regard de l’autre

Je suis à l’affût, sans le vouloir, de ce que les autres pourraient penser de moi. Et par « les autres », je parle de quiconque traverse mon chemin. Proches, pas proches, les personnes autour de moi sont susceptibles de devenir les spectateurs de mes erreurs potentielles et de mes défauts apparents ou non. Du moins, je le vis honteusement de cette façon. Suspendue à l’opinion imaginée d’autrui, je marche sur le fil tendu du jugement comme si tous les regards étaient braqués en permanence sur moi et que la bienveillance n’existait pas. Jamais je ne pense pouvoir être affublée d’une critique positive. Non. Toutes celles que je pressens consistent en de solides réprimandes. En gros, je suis parasitée par la peur d’être en permanence démasquée, vue telle que je me perçois et j’angoisse terriblement. Mon astuce face à ces difficultés : me rappeler que le procès vient de moi. Presque toujours. Que les gens ne possèdent pas le filtre négatif qui me bande les yeux : si je possédais le don de télépathie, ma surprise éclaterait probablement à la véritable lecture des pensées des autres. Je réaliserais sans doute que je suis la seule à me voir au travers du miroir déformant de mes reproches intérieurs.


La comparaison

Déracinée un peu de moi, je fréquente régulièrement le terrain glissant de la comparaison dévalorisante. Je ne suis pas comme si… je ne suis pas comme ça. Je m’enfarge dans les exceptionnelles qualités des autres, négligeant les miennes par manque d’assurance et de confiance. Il ne s’agit pas d’envie, mais plutôt de se blâmer de n’être pas celle qu’il « faudrait ». Dans ces moments-là, j’oublie que ma valeur se situe dans mon unicité. J’étouffe sous un remarquable sentiment d’infériorité à force de me comparer exclusivement à ce que je considère comme mieux que moi. Pour contrer cette tendance, je fouille en moi pour diminuer mon désir de perfection qui me pousse à vouloir devenir aussi bien que tous les meilleurs côtés du reste de la planète. Également, j’écrase la croyance que si je ne parviens pas au sommet, je ne suis pas grand-chose.


Échec à l’horizon

Je redoute l’échec comme si me tromper, me péter la gueule et devoir renoncer représentent une agression majeure envers moi. En véritable phobique, je me garde parfois de prendre des décisions, paralysée par la peur de l’erreur fatale. Aussi, je deviens perfectionniste à l’extrême pour me convaincre de ne pas rater quoi que ce soit. C’est long et c’est surtout énergivore. Et encore, ça ne garantit pas que les craintes s’amenuiseront. Je sais que la clé pour résoudre ce problème réside à enrayer l’évitement. Essayer et devoir se relever, même quand ça fait mal, permet l’apprentissage et ne forme pas une honteuse finalité. Le mieux encore consiste donc à tranquillement changer de point de vue sur l’échec qui devient non pas une catastrophe, mais une merveilleuse façon de se construire autrement.


Mon estime a beau tanguer comme un bateau en pleine tempête, les récifs, pointer leur nez prêts à ce qu’elle fasse naufrage, il n’en reste pas moins que je suis plus outillée que je le pense. Si je tombe régulièrement dans les mêmes trous, je m’en extirpe plus rapidement qu’avant. Se bâtir une estime alors qu’elle n’existait pratiquement pas prend du temps et une bonne dose de douceur envers soi. C’est d’abord envoyer plus souvent valser la voix intérieure torturante, accepter l’idée que les autres voient en soi une bonne personne et s’accorder le droit de trébucher sans se punir en plus. Et beaucoup d’autres choses. Remplir son estime demande de semer des graines de façon constante et d’entretenir son jardin jour après jour. Un travail de longue haleine, mais au bout du compte, véritablement payant.


Chloé C.

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