• Miss B.

Parce qu’on pose le genou à terre plus d’une fois, parfois…

Mis à jour : sept. 4

Mon histoire débute le soir où j’ai essayé de réveiller mon conjoint sans succès, où j’ai pris son pouls et qu’il n’y en avait plus. J’appelle de l’aide et à partir de là, ma vie telle qu’elle était m’a échappée. Mes rêves de famille et de mariage se sont effacés cette nuit-là, lorsque le médecin de l’hôpital m’a annoncé qu’ils n’avaient pas été capables de le ramener. BANG, les jambes m’ont flanché. Mort subite, qu’ils disent. Médicamentée, je n’ai été que partiellement consciente de la réalité pour quelques temps.


Mon médecin, aussi assommé que moi d’apprendre la nouvelle, m’a référée à des ressources. Le diagnostic est tombé : Choc post-traumatique, trouble d’adaptation et dépression sévère. Les premières semaines se sont quand même bien déroulées, j’étais hyper occupée avec les funérailles. J’ai eu la chance d’avoir beaucoup d’appui de la part de plein d’amis et de ma famille (parce que la sienne était repartie de son côté et ont tôt fait de m’oublier) Par contre, les gens vont et viennent… et c’est là qu’on se rend compte que chacun a sa vie à vivre et qu’on se retrouve seule… TRÈS SEULE. C’est là que j’ai mis un genou à terre. Les idées noires se concrétisaient, le plan était fait. Ma thérapeute m’a sauvée, si on peut dire.


Après 9 mois d’arrêt de travail, tannée de tourner en rond et ayant presque terminé de gérer la succession (ça c’est long!), je me suis dit que ça allait mieux. J’ai eu une offre d’emploi près de chez moi et je me suis dit que c’était le temps. Première erreur! J’ai donc commencé à travailler, avec un patron super et une belle gang! Sauf que… Le stress et les tâches supplémentaires ont tôt fait de m’épuiser. J’ai essayé de continuer, en faisant du sport où j’avais des amies (ou plutôt où je CROYAIS avoir des amies). Hé oui, l’amitié quand on est dépressive et anxieuse, ça peut être très fragile. Mes émotions m’ont joué des tours et ont mené à des chicanes parce que personne ne me comprenait et parfois je ne me comprenais pas moi-même, disons-le.


J’ai rencontré quelqu’un, près de 10 mois après le décès de mon conjoint. Un hasard, quelqu’un qui connait quelqu’un. Et ce quelqu’un a réussi à faire une brèche dans ma carapace. Deuxième erreur!


Après quelques temps, je me suis mise à paniquer pour tout et pour rien, à m’imaginer qu’il me laisserait tomber, lui-aussi. 365 jours post-trauma, BANG pour la 2e fois! Je file mal, je suis seule, il est occupé, il a ses propres démons à gérer. Et pas longtemps après, je replonge. Le retour des idées noires, la panique, le sentiment de rejet. Cette journée-là, une amie me laisse tomber, me disant que je ne pense qu’à moi et qu’elle aussi a ses problèmes, que je suis négative. Cette même journée, IL me laisse aussi tomber. Celui qui m’avait redonné Foi en le futur a décidé de continuer son chemin seul. Je l’ai fait fuir avec toute mon anxiété. Ce soir-là, j’ai appelé ma famille et mes 2 meilleures amies. Je leur ai dit que je voulais mourir. Là, maintenant. Que je voulais aller rejoindre mon amour. Eux m’ont écoutée. Je me suis rendue à l’hôpital, et là aussi, on m’a écoutée. On m’a donné des médicaments, on a contacté ma personne ressource, on m’a dirigée vers les services appropriés. Ce soir-là j’ai demandé de l’aide et on m’a écoutée, parce que j’ai reposé un genou par terre…


Pas longtemps après, quelqu’un a décidé de LE contacter pour lui dire des choses méchantes à mon sujet. Parce que bien sûr, tout était de ma faute. Je ne compte plus toutes les méchancetés et les fausses accusations qui ont été faites à mon égard. Pour une fois, j’ai écouté ma psy, j’ai fermé mon téléphone, j’en avais trop entendu.



Aujourd’hui, je suis seule avec ma dépression. Parfois, ça va. Parfois, non. Je suis en attente de voir une psychiatre qui pourra m’aider avec mon cocktail de pilules. Avec la crise de la Covid-19, je suis encabanée chez moi. C’est difficile. Je pleure souvent. Toujours en arrêt de travail, toujours fatiguée, toujours déprimée.


À tous ceux qui, comme moi, souffrent de cette situation, sachez que vous n’êtes pas seul.


À tous ceux qui, comme moi, ont choisi de vivre, acceptez que la dépression ne partira pas. Le diagnostic vous suivra. Vous devrez peut-être prendre des antidépresseurs toute votre vie. Vous poserez peut-être le genou à terre une autre fois, même deux, même trois. Mais il ne faut pas oublier que même les gens malades ont aussi droit à leurs moments de bonheur. J’aime croire qu’un jour, je pourrai sourire à nouveau et peut-être même aimer, qui sait…


Miss B.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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