• Patrick

P.S.: N"oublie pas d'acheter du lait .... et des post-it

Mis à jour : juin 23

Il était 8h07.


J’avais vu les chiffres derrière le voile d’eau, juste après avoir raccroché. Je refusais de retirer mes mains posées sur mes oreilles. Je maintenais ma tête entre parenthèses, attendant que le sifflement qui persistait s’évanouisse enfin. Comme si mes mains voulaient se faire pardonner la violence qu’elles m’avaient infligée. Dans ma tête tournaient les derniers mots de mon interlocuteur, ceux d’une leçon déjà apprise par cœur.


Il était 6h50.


Mon plan d’urgence s’était mis en marche. Trop tard. Je n’avais pas écouté mon corps à temps pour envoyer un signal d’alarme et ainsi aviser mon entourage. Je tournais en rond dans la chambre, les pleurs rendaient les mots à peine audibles: “J’ai besoin d’aide…” Je voulais tant qu’il se réveille pour appeler la psy. Je n’étais déjà plus dans l’état de le faire moi-même.


Il était 5h42.


La lumière de l’écran frappa de plein fouet mon visage. Mes doigts s’activaient sur le clavier, tentant de terminer ce qui aurait dû être fait hier. ‘’On est les meilleurs” pianotait les doigts. “Plus vite, incompétent!” leur crachait la tête. “Et moi, tu m’oublies?” C’était lui, mais je ne l’entendais déjà plus, le cœur. Quand il prit contrôle de mon corps, propageant son venin anxiogène, j’aurais dû savoir. J’aurais dû l’entendre.


Il était 22h53.


Quand je m’étais écroulé sur le lit, la veille. Depuis deux heures, je tournais en rond dans l’exécution d’une tâche, pour me prouver que j’étais encore capable. Comme si ce “capable de ça” allait définir le reste de mon existence. Comme s’il allait définir qui je suis vraiment. La leçon était de tracer une limite, définir une zone de contrôle. Mais j’apprends…


Il est 14h44.


Accueillant mon retour, les aiguilles de l’horloge de l’entrée me sourient tandis que je referme la porte avec le talon, pinte de lait et post-it qui m’encombrent les mains. Je balance le lait au frigo et me mets en action avec les post-it.


Le fait est qu’en me levant, je me suis posé une sérieuse question à moi-même. Je fixais mon reflet dans le miroir tout en me brossant les dents. Choqué de voir ainsi mon visage encore bouffi par les larmes. Je l’ai vu traverser dans mon regard, comme une fine lueur d’espoir, la question.


“Veux-tu bien m’expliquer pourquoi tu te souviens précisément de chaque minute du déroulement négatif de tes crises d’anxiété, mais jamais de ce qui devrait être le plus important: t’aimer?”


Alors, j’ai décidé de tenter le tout pour le tout pour déjouer mon cerveau et changer le cours de mes pensées. Un post-it à la fois.



“L’eau c’est bon pour toi, on prend un verre?”; collé au-dessus de l’évier dans la cuisine.

“Ce n’est pas parce qu’une pierre tombe, que le château va s’écrouler”; collé sur l’écran de l’ordinateur.

“Respire. Souris. Tu es beau.”; collé sur le miroir de l’entrée.

“Fais une lecture de toi. Comment te sens-tu? Tu es le meilleur, ne l’oublie pas.”, collé sur la porte d’entrée.

“Je t’embrasse. Je t’aime”; collé sur ma lampe de chevet.

“Tu es beau, sois fier” collé sur le miroir de la salle de bain.

“S’aimer c’est l’essentiel” inscrit sur 10 post-it que j’ai inséré au hasard à travers la vaisselle dans l’armoire.


J’ai continué ainsi pendant une bonne demi-heure jusqu’à en finir un paquet entier de post-it. Les pensées positives à mon égard ne veulent pas refaire surface d’elles-mêmes, je vais au moins essayer d’avoir l'œil aiguisé (ou obligé …rire démoniaque) à ne pas l’oublier.


Ça fait une semaine et j’en suis déjà à être surpris de découvrir un post-it par hasard, sans me souvenir de l'avoir mis là. Ou alors j’ai un coquin dans la maison qui les déplace à l’improviste pour être bien certain de motiver mon positif!


Finalement, j’ai décidé de poursuivre cette démarche que j’ai intitulé mon mois: “Je m’aime en post-it” ! Envie d’essayer?




Patrick

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