• Andréa Maheux

Nous sommes les mêmes


J’ai un trouble de la personnalité limite et dépendante.


Mes pensées m’ont longtemps détruite, car je croyais voir le monde avec des yeux différents. Je croyais que j’étais la seule à ressentir ceci. Étrange, bizarre, je ne sais quoi. La vérité est que j’avais seulement appris à me faire pointer du doigts ce qui clochait chez moi sans être félicitée pour mes réussites et, ce, par des personnes qui pensaient que tout allait comme sur des roulettes chez eux.

J’ai toujours eu tendance à idéaliser les gens. Lorsque je rencontre quelqu’un et qu’il devient un de mes proches, je le vois comme un dieu. Chaque chose chez cette personne est parfaite : ses cheveux, ses manières, etc. Les choses les plus anodines qui existent captent mon attention : posséder un automobile, avoir un bon cellulaire, porter des lunettes, cuisiner, son travail, sa façon d’écrire, son style de musique, ses expressions, etc.

Parfois, je deviens un miroir et j’agis exactement comme l’autre pour être certaine qu’il ne partira pas. Cela vient de mon anxiété de séparation, mais c’est très nocif, car on en vient à se perdre, ne plus arriver à retrouver qui nous sommes réellement.

Tout était à la fois si coloré et si noir.

Je sais que ça parait insensé, car ce sont seulement des éléments normaux de la vie quotidienne. C’est difficile à expliquer, mais je pouvais trouver une personne parfaite, car elle a une voiture de l’année par exemple.


Toutes ces choses, je croyais que c’était réservé qu’aux autres, jusqu’à ce que je constate que je pouvais les avoir si je le voulais. Je pouvais être autonome moi aussi. Moi aussi, je pouvais avoir une automobile et savoir changer la lumière du clignotant, moi aussi je pouvais être en couple, moi aussi je suis capable de porter des verres de contacts, etc. Je pouvais être les personnes que j’avais toujours idéalisées, encore mieux, je pouvais être moi-même et spéciale. Bien que voir la beauté chez les autres ne tue pas, j’en ai beaucoup souffert. Je voyais tout le positif de la vie de cette personne et je me rabaissais involontairement. Je ne voyais pas les défauts de l’autre, car j’en étais incapable. Le soir, je me regardais dans le miroir et je ne voyais que du noir. J’avais l’impression que j’étais un échec ambulant. Parfois, lorsqu’on retire nos lunettes deux petites minutes pour essayer de voir la situation sous un autre angle, on réalise qu’on s’est trompé sur toute la ligne.

J’ai toujours eu de la difficulté avec la confiance en soi. J’ai aussi souvent eu la sale impression que mes maladies mentales faisaient de moi un monstre, que j’appartenais à une sous-caste.

La vérité est que nous sommes tous les mêmes. Nous buvons tous de l’eau; nous allons tous aux toilettes. Nous mangeons tous; nous dormons. Nous dépensons; nous gagnons de l’argent.

Blanc ou noir, homosexuel ou hétérosexuel, maladie mentale ou pas : on est tous humains. Et c’est ça qui nous définit. La capacité d’être en vie et de vivre.

- Andréa




*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'Office québécois de la langue française.

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