• France P.

Mon masque du jour

Mis à jour : sept. 5

Avez-vous des masques vous? Je m’explique. Depuis toute petite, je mets des masques sur mon visage pour cacher mes émotions, mes états d’âme. J’ai un masque pour le travail, un masque pour les enfants, un masque pour ma mère, un masque pour mon père, un masque pour quand je suis en public, un masque quand je ne suis pas contente avec ma blonde... bref, je cache pratiquement tout ce qui ce passe vraiment dans ma tête.


Celui du travail est le plus utilisé et le plus usé. J’ai toujours caché ce que je pense, ce que je ressens et ce que je veux dire. J’ai toujours le masque de la fille ultra joyeuse, la maman de service, celle qui veut à tout prix aider. Quand souvent, dans le fond, tout ce que je veux, c’est qu’on me laisse tranquille dans mon coin. Tout ce que je veux, c’est d’être reconnue pour qui je suis … alors que je cache qui je suis. Vous ne voyez pas le paradoxe des masques apparaître?


Je crois que c’est celui de ma vie personnelle qui est le plus dur à maintenir. Depuis janvier de cette année qu’il craque. Et si lui craque, je ne donne pas cher de ma peau. Ma psychiatre m'a toujours dit qu’elle aimerait me voir sans mon masque de la maman heureuse et sarcastique qui tourne tout ce qu'elle est en humour souvent noir. Elle aimerait me voir comme je suis vraiment. Mais madame Doc, êtes-vous sûr? Êtes-vous sûr de vouloir me voir sans masque? Vous n'avez pas peur que je me perdre?


Je vais vous dire sur quoi vous risqueriez de tomber moi. Une femme brisée, une femme fatiguée, une maman anxieuse, une blonde perdue, une maman à bout de souffle. Vous risqueriez de me retrouver dans un coin de la pièce en petite boule. Tout ce que vous entendriez sortir de ma bouche, c'est : «Je ne suis plus capable, je n'en peux plus, faut que ça arrête. Je ne suis pas forte. Je suis plus assez forte. Je ne veux pas être forte. Laissez-moi tranquille. Lâchez-moi! Laissez-moi!»


Je crois que c’est à cette étape que j'en suis dans ma vie. Trop de choses ce sont passées pour que je puisse en prendre plus. Je crois que ma tête est en train de rendre les armes. Je ne peux même plus faire l’épicerie sans qu’un peu de frustration me fasse pleurer. Je ne peux plus sortir sans me sentir honteuse car je laisse ma blonde dépressive à la maison avec notre fils au TDAH sévère qui saute partout. Je me sens horrible comme mère car je sais que ma puce fait de l’anxiété, mais je lui dis de laisser couler ce que les gens lui disent, car moi je sais quelle est fantastique et belle.


Je ne sais même pas comment je pourrais prendre soin de ma tête et de mon corps quand les deux sont en si mauvais état. J’aimerais donc ça, juste une fois, pouvoir prendre mon cerveau et le mettre sur la table puis aller écouter une émission ou mes neurones/émotions ne sont pas requises.


J’aimerais pouvoir me permettre une semaine seule avec moi-même pour faire le ménage de mes émotions et de mes envies. Mais ça n'arrivera jamais. On ne peut pas faire une vie avec des «j’aimerais donc». Ou des «j’aurais donc dû».



À ce moment-ci de ma vie, je ne peux qu'avancer et mettre un masque de plus sur mon visage.

Je vais changer la couleur cette fois-ci, question de voir autre chose que du noir.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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