• labontestephanie

Mon combat contre la boulimie et la dépression majeure

On estime que 1 à 3 % de la population âgée de 15 à 35 ans vivra, au cours de sa vie, avec un trouble du comportement alimentaire tel que la boulimie nerveuse.

Je fais partie de ces statistiques. Depuis environ vingt ans, mon perfectionnisme et les distorsions cognitives que j’entretiens à propos de mon corps font que j’ai connu de multiples rechutes, desquelles j’arrivais toujours à reprendre le contrôle. Mon excellente capacité à ne pas vivre mes émotions et à tout cacher, dont cette pathologie, fait en sorte que mon entourage n’était pas au courant, du moins jusqu’à la trentaine. Cela explique aussi la raison pour laquelle je n’ai jamais eu d’aide, que j’aurais sans doute refusé puisqu’à 17 ans, je craignais d’entendre des rumeurs me concernant ou de perdre mon obsession pour la maîtrise de mes actes. Lorsque je suis allée consulter une psychologue pour la première fois et qu’elle a abordé mes traits anorexiques et boulimiques, j’ai mis fin au suivi, apeurée des conséquences.


À 30 ans, j’ai vécu ce que je croyais être une crise de la trentaine qui m’a entraînée dans une rechute de trouble alimentaire ainsi que fort possiblement dans une dépression. Néanmoins, je me suis relevée, comme toujours, après quelques mois.


En 2019, j’avais 33 ans et rien n'allait plus. Les événements de la vie ont fait en sorte que je me suis coupée de mes émotions (encore aujourd’hui, cette période reste confuse). Les crises de boulimie sont ma soupape. Après environ un an, je n’arrive toujours pas à reprendre le dessus. Je suis de plus en plus fatiguée, irritable, impatiente. Je me garroche dans le travail, l’unique endroit où je me sens bien.


En mars 2019, je suis épuisée, je n’ai qu’une seule envie, soit celle de pleurer. Je ne dors plus la nuit, sans compter les vingt livres supplémentaires que je traîne avec moi. Je me décide donc, après avoir annulé plusieurs rendez-vous, à consulter en clinique d’urgence. Dans la salle d’attente, je me sens ridicule. Je crains de ne pas être prise au sérieux parce que je crois qu’il s’agit d’une maladie d’adolescente.


Heureusement, ce jour-là, je tombe sur un médecin qui me met rapidement à l’aise. J’aborde mes troubles alimentaires, mon sentiment d’être morte à l’intérieur… je ne mentionne toutefois pas le fait que je pleure au travail, par crainte d’être arrêtée. Je ressors de son bureau avec une prescription d’antidépresseurs, une référence pour une psychologue spécialisée ainsi qu’un prochain rendez-vous. Déjà, comme je n’ai pas de médecin de famille, je suis soulagée de savoir que je n’aurai pas à répéter mon histoire plusieurs fois puisqu’il m’accompagnera dans mon processus de guérison.


Une semaine plus tard, je n’en peux plus. Je retourne au cabinet pour parler de mes difficultés professionnelles. D’emblée, le médecin me rassure en me disant que c’est tout à mon honneur d’avoir voulu essayer de travailler quand même, mais qu’il est temps que je prenne une pause. Un arrêt qui durera quinze mois.


Cette période aura été la plus belle chose qui pouvait m’arriver puisqu’elle m’a permis de me soigner, de mieux me connaître, de me libérer de mon passé et de revenir à ce que je voulais vraiment.


Aujourd’hui, je vois toujours un médecin et une travailleuse sociale en plus d’avoir été suivie durant onze mois par une psychologue.


Si je te fais part de mon vécu, c’est pour te donner de l’espoir. N’hésite pas à aller chercher de l’aide, c’est le plus beau cadeau à s’offrir.


(Extrait du livre Dépassée à épanouie: Surmonter l'épreuve pour se reconstruire, 2021)


Stéphanie

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