• P.

Mon agresseur s'est excusé

Mis à jour : sept. 4

Faire l'épicerie en temps de pandémie, ce n'est pas évident.


Faire l'épicerie en temps de pandémie et croiser son agresseur, ce l'est encore moins.


Faire l'épicerie en temps de pandémie, croiser son agresseur et être prête à l'affronter, c'est un autre niveau.



Plutôt que de me cacher et l'éviter comme je l'ai souvent fait, j'ai précipité mon panier en sa direction afin de le croiser. Quand il a levé les yeux et m'a regardé, je l'ai salué.


Je n'ai jamais été aussi heureuse qu'il y ait cette règle du 2 mètres entre chaque personne. Pas de bise, pas de contact physique entre nous.


On était à 2-3 mètres de distance, dans une épicerie, en temps de pandémie, et j'étais enfin prête. On a discuté cordialement d'où on était rendu dans la vie, puis il m'a raconté qu'il a eu un accident qui lui a causé un traumatisme crânien l'an dernier. Je le savais déjà, une de nos amies en commun me l'avait dit. J'ai feint d'être surprise ; il a continué sur sa lancée. Il m'a raconté la réadaptation physique qu'il a effectué, la douleur qu'il a vécu, les épreuves auxquelles il a dû passer au travers. À la fin de ce récit, il m'a dit qu'il a beaucoup réfléchi aux gens auxquels il a causé du tort, dont à moi. Il m'a dit qu'il ne se rappellait pas vraiment de la fin de notre relation, juste que ça a fini en queue de poisson ; je lui ai répliqué « Vraiment? Tu m'as tellement mis en tab***k, j'ai été salement frustrée contre toi. »


On a parlé encore avant de finir notre épicerie chacun de notre côté. En sortant du magasin, le vent et la neige me fouettant le visage, je me suis sentie si libre. Il s'était excusé. Il a reconnu qu'il a posé des actions qui m'ont blessée. J'ai mis mes écouteurs et j'ai sélectionné "I'm Not Mad" de Halsey. Je n'avais plus peur de lui ; je n'étais plus en colère.


Plus tard, j'ai vu qu'il m'avait écrit sur Instagram pour me dire à nouveau qu'il était désolé de tout le mal qu'il m'avait causé et de prendre soin de moi. Je l'ai remercié de s'être excusé, sans lui caché qu'il m'avait causé beaucoup de mal et m'avait fait douter de moi, mais que j'étais passée par-dessus.


Je ne l'ai pas pardonné des gestes qu'il a posé, mais j'accepte ses excuses et je me sens prête à avoir une certaine relation avec lui parce que je sais qu'il ne peut plus me faire mal. Maintenant, c'est moi qui est forte et qui contrôle les règles du jeu. Évidemment, une partie de moi me juge de lui tendre la main et a peur qu'il me fasse encore mal. Quoi de plus stupide que d'entendre « oui, bien sûr, mon violeur et abuseur s'est excusé et maintenant, on jase de la pluie et du beau temps comme si rien ne s'était passé »? Or, la vérité est que le karma l'a rattrapé. Il n'est pas celui qui m'a le plus détruit non plus.


Je suis plus forte que ceux qui m'ont fait mal.


P.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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