• Kayssie

Mon âme s'envole en cendres

Respire, je t'en prie. Je comprends que la douleur est difficile à supporter sans analgésique lorsque tes plaies sont à vif. Je sais que tu rêves du jour où tu te réveilleras et que tes soucis seront chose du passé. Dans ta prison intérieure, il y a un humain qui aimerait être bercé tous les soirs. Entendre les échos d'une voix douce qui te réconforte.



Puis, lorsque ta tête arrive à son point de saturation, tu crois que mourir serait une solution envisageable. En fait, ce n'est pas la vie que tu détestes, ce sont tes émotions et tes pensées. S'il t'arrivait, par mégarde, de divulger cette information à ton entourage, tu aurais l'impression d'être jugé et totalement incompris. Pourquoi? Parce que pour toi, la société n'en a rien à foutre de parler de dépression. Chacun vit son quotidien avec ses problèmes... alors voilà, tu encaisses les tiens en silence.


Jusque là, tu gérais relativement bien ces pulsions. Tu réussissais à te réveiller tous les matins pour aller travailler. Mais au fond, tu as toujours l'impression de vivre 100 fois la même journée, avec un creux au milieu du coeur.


Ce mal de l'âme...il aura bientôt ta peau, du moins c'est ce que tu te répètes depuis quelques mois. Tu voudrais bien résister aux idées suicidaires, mais les options pour te sortir de cette impasse s'amenuisent. Dans les 3 dernière années, tu as déménagé 4 fois, croyant recommencer sur une meilleure note. Mais la souffrance t'a suivi à chaque fois. Tu croyais pourtant enfin t'en tirer.


Tu n'as pas envisagé de te tourner vers tes proches, puisque la plupart du temps tu reçois des conseils d'une platitude monumentale. ''Ça va finir par passer.'' ''Tu n'es pas le seul à vivre ce genre de situation.'' Bon OK, le temps fait son oeuvre, mais tu en as foutrement marre d'attendre. Si seulement il y avait une date de péremption à ce calvaire, tu aurais un aperçu du temps qu'il te reste dans cet état.


Sur l'heure du dîner, à ton grand désarroi, ton patron te convoque à son bureau. Sur ta session terminal, dans l'historique de recherche, se trouve: Comment faire pour ne pas rater son coup. Dans son regard, bien que tu anticipais une pointe de rage, tu lis plutôt de la compassion et de l'inquiétude. ''Je te propose deux choses: soit je te reconduis moi-même à la porte de l'hôpital et j'attends que tu en sortes, soit je te donne congé pour la semaine et tu prends rendez-vous avec ton médecin, preuve à l'appui. Je ne te laisserai pas tomber, tu m'entends?''


Puisque l'expérience des autres en milieu hospitalier semble avoir été un traumatisme, tu choisis la deuxième option. Après tout, sans doute qu'une médication temporaire pourrait reconfigurer tes neurotransmetteurs. Finalement, tu ressors de son cabinet non seulement avec une prescription, mais avec un plan d'action très précis. Tu recevras de l'aide psychologique, mais en attendant que la démarche soit terminée, tu seras admis dans un centre de crise. Ce sera l'occasion de miser sur ton rétablissement. Un peu comme le ferait un athlète qui, suite à une opération, suit un programme de réadaptation.


Si on réfléchit bien, est-ce la première fois que tu vis une difficulté? J'en doute. Qu'as-tu fais par le passé pour te sortir la tête de l'eau? Tu as combattu. Peut-être férocement, peut-être maladroitement, mais la situation s'est résorbé. Il n'y a aucune souffrance qui est permanente. Les joies, elles aussi, se dissipent ou se modulent avec le temps, j'en conviens. Mais le bonheur, c'est une quête qui se vit à chaque jour. Les actions que tu poses sont indéfiniment à renouveler, puisque tout est changeant. N'est-ce pas incroyable dans un sens? Si tu perds pied ou prends le mauvais chemin, tu peux te repositionner. Et surtout, tu grandis.


Le centre de crise en question a conçu une série d'outils et de contenu afin d'entamer le processus de guérison et ce, en fonction des objectifs que tu t'es fixé. Tu as maintenant accès à des intervenants qui t'ouvrent leur porte jour et nuit lorsque tu vis des difficultés ou que tu as un trop plein émotionnel. Et contre toute attente, tu y vois maintenant plus clair. Ça te fera même un petit velours de leur faire tes adieux lors de ton départ de la ressource.


Aujourd'hui, dans ton historique de recherche internet, il y est plutôt inscrit: Comment parvenir au bonheur.


Kayssie, intervenante au centre de prévention du suicide Accalmie


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