• Laurie

Mettre fin à un suivi psychologique : Un deuil pour l'intervenant également

Je suis intervenante de formation. Plus précisément, j'ai un baccalauréat en sexologie et de nombreuses petites formations dans des domaines connexes, soient la prévention du suicide, l'estime et la confiance en soi, les formes de violences, etc.


Il m'arrive donc d'être assise sur la grosse chaise du bureau. D'être le marteau dans le coffre à outils de l'aidé. Et souvent, d'être celle qui indique à un être humain qu'il peut maintenant continuer à cheminer seul, qu'il est enfin prêt à déployer ses ailes, un peu comme un oiseau qu'une maman pousse en bas du nid après un certain temps.


Et c'est ma job d'être solide lorsque je fais cette annonce. Je me dois d'être rassurante et encourageante. Sauf que bien souvent, je suis émue tout autant, sinon plus, que la personne qui est assise devant moi. Pour plein de raisons. Mais principalement parce qu'il m'est arrivé très (trop) souvent d'avoir été assise sur la petite chaise, le p'tit divan (cliché des thérapies).


J'arrive très bien à me mettre dans la peau de l'aidé. Je sais combien il peut être difficile de simplement demander de l'aide en premier lieu. Et encore faut-il se présenter à chacune de nos rencontres! Je peux aussi facilement deviner tous les efforts fournis à travers ce processus de travail sur soi. Je sais ce que ça coûte de se confier sur des sujets très intimes à un pur inconnu. Je sais aussi à quoi ressemble ce sentiment de sécurité qu'on développe à travers les rencontres, cette idée d'avoir toujours, pas trop loin, une personne-ressource en cas d'urgence. Je sais à quel point ça fait peur de penser que cette ressource ne sera plus autant accessible qu'avant.


Je sais aussi que, mélangé à ce sentiment de crainte, se trouve ce doux sentiment de fierté qui vient peser fort dans la balance. Celui du devoir accompli. La certitude qu'on vient de s'offrir le cadeau d'une vie. Celui qui n'a pas de valeur estimable.


Et ça, ben moi, à titre d'intervenante, je trouve ça beau. À mon avis, c'est super important de le préciser et d'insister sur toutes les améliorations qui ont vu le jour tout au long de ce parcours. Toujours comme une maman qui voit son enfant prendre l'autobus pour la première fois, j'éprouve moi aussi ce sentiment de fierté envers mes aidés. Je suis sincèrement touchée d'avoir eu la chance de les accompagner lors de leur cheminement.


Souvent, c'est un combat de merci. Tous les deux, on tient à se remercier l'un l'autre. Et c'est à ce moment que je leur rappelle toujours que je ne suis qu'un marteau dans un coffre à outils, mais que le constructeur, c'est eux! Et après parfois quelques larmes de versées, je repars, moi aussi, faire mon petit deuil. Et c'est souvent très naturel chez moi de prendre de leurs nouvelles d'une façon ou d'une autre.


Comme on dit en bon québécois ... On s'attache à ces petites bêtes-à!


Laurie


PS : À toutes mes relations d'aide, je vous estime fortement!

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