• Andréa

Maladie mentale - phase terminale

Mis à jour : août 27


Des séjours à l'urgence pour causes psychiatriques, j'en ai connus. Des tonnes et des tonnes. Ce n'est pas comme partir en vacances, loin de là. C'es plutôt comme partir au combat.


C'est long, épuisant, souffrant et on ne sait pas lorsqu'on va revenir.

Et surtout, en combien de morceaux.


Des explosions, il y en a à chaque deux mètres. Des tragédies, il y en a tellement qu'on ne les compte plus.


La première fois que j'ai décidé de me lancer à l'eau, j'étais près de la noyade.

Deux pas plus loin et je me retrouvais naufragée.


J'avais 15 ans et je pleurais chaque soir seule dans ma chambre. Je voulais sans cesse me faire du mal. Je ne voyais plus l'intérêt de vivre. J'étais seule sans amis, sans loisirs, sans raisons de vivre.


J'étais mal intérieurement, mais ça, j'imagine qu'on n'a pas besoin de le préciser.


Mais les blessures de l'âme, on ne les voit pas, alors on continue longtemps à marcher même blessé. Et je peux tu te dire que marcher avec une jambe cassée, en l'ayant vécu, c'est inconcevable.


J'ai tardé à consulter et c'est ainsi que la plaie s'est davantage ouverte.


Un matin, j'ai appelé ma soeur en pleurs lui mentionnant que j'étais prête à me faire frapper par une automobile.


Elle m'a récoltée en pleurs, toute tremblotante. J'ai discerné de la peine dans ses yeux, une envie de me demander « Mais comment tu t'es rendue là ? ».


C'est simple. Les nuages se sont accumulés tranquillement jusqu'à ce que je ne vois plus Terre, que je n'aie plus assez d'oxygène pour respirer.


Elle m'a amenée à l'hôpital et c'était la première fois que j'y allais pour un mal invisible.


Triage, jaquette d'un bleu malade, isolement, repas graisseux et médecins remplis de questions...


Puis j'ai été hospitalisée. On m'a dit « Profites-en, ça va te faire du bien! ». Mais en fait, il n'y avait rien d'amusant, aucune jouissance à profiter.


Avec le temps, on m'a laissée tombée. Mes soeurs m'ont dit qu'elles avaient elles aussi leurs problèmes, leurs propres vies à gérer. Elles m'ont dit que je grandissais, que je devais être une adulte et me gérer moi-même.


Lorsque mes crises devenaient trop insupportables à gérer seule, c'était de mon devoir d'aller à l'hôpital. Plus personne n'était là désormais pour me récolter brisée et pour me tendre la main lorsque je tombais trop profond.


Il n'y avait personne. Personne. C'était tellement vide autour de moi que je me demande parfois comment j'ai fais pour ne pas tomber. J'étais prête à une chute fatale. Je m'y étais préparée depuis bien trop longtemps.


Je n'ai pas eu ces câlins pour me supporter, ces mots pour me rassurer.

Je n'ai pas eu quelqu'un pour me tenir la main dans mon lit d'hôpital.

Je n'ai pas eu de cadeaux de consolation.

Je n'ai rien eu de tout ça, mais je m'en suis quand même sortie.



Bien qu'elles soient invisibles, mes blessures, je les transporte tous les jours.


Andréa

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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