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Madison M., infirmière clinicienne en santé mentale

« L’espoir est la plus belle chose que nous puissions donner à un patient et à sa famille. Et quand il s’agit d’espoir et de confiance en eux-mêmes, notre réussite est encore plus grande ».


Depuis presque 3 ans, je travaille en CLSC dans le département de la santé mentale.


Pourquoi avoir choisi la santé mentale? Un concours de circonstances, je pense. Je travaillais, auparavant, en milieu hospitalier en soins physiques; enchaînant des plages horaires de douze heures, si ce n'est pas plus, de jour, de soir ou de nuit. J'ai décidé, pour mon bien-être, que cette réalité ne me convenait plus. De fil en aiguille, je suis tombée en amour avec le domaine de la santé mentale. Je peux enfin prendre le temps, pour donner des soins davantage de qualité.

À ce jour, on m'a confié plusieurs beaux projets.


Plus précisément, j'exerce au GASMA (Guichet d'Accès en Santé Mentale Adultes), ce qui s'avère un lieu d'expertise, où nous jouons un rôle déterminant dans la hiérarchisation des services. En d'autres termes, permettre d'offrir « le bon service, par le bon intervenant, au bon moment, pour la bonne durée et au bon endroit » est la clé. En tant que professionnels de la santé, on se doit de disposer d'une connaissance fine des ressources disponibles dans le but que la personne bénéficie d'une réponse individualisée à ses besoins.


Concrètement, dès qu'un dossier est dirigé vers le Guichet d'Accès en Santé Mentale, l'usager est contacté. Par la suite, un rendez-vous d'évaluation lui sera proposé (voilà où j'interviens!).


Parfois, lorsqu'un usager se présente pour obtenir des services, plusieurs traitements ont déjà été essayés, sans succès. Le patient et sa famille sont épuisés, découragés. Ils sont persuadés que plus rien ne pourra les aider. Pour eux, cela peut s'agir du dernier recours. Que ce soit pour un trouble de l'humeur, un problème dépressif ou une psychose, ils n'y croient plus. Il faut alors bâtir une alliance thérapeutique.


Peut-on espérer un rétablissement, même dans les cas complexes de santé mentale? Est-ce possible? Je crois que oui! Mais, le rétablissement est propre à chaque personne. Pour l’une, c’est retourner dans une maison de chambres et acquérir une certaine autonomie. Pour l’autre, c’est rétablir des liens avec sa famille. Il ne nous appartient pas de choisir pour un patient quel sera son rétablissement. Nous lui en parlons et nous nous adaptons à ses objectifs. Ça dépend de chaque problématique et de chaque personne.


Il est crucial de choisir le bon moment pour entreprendre cette démarche. Certainement pas lors d'un état de crise, par exemple. En crise, l'individu n’est en mesure ni de faire des choix, ni d’accepter un plan de traitement. C'est pourquoi il est important de cerner les priorités. En santé mentale, nous n’avons pas à nous presser comme en soins critiques. Ça ne sert à rien d’aller plus vite que le patient. Si nous essayons plus que lui, c’est évident que ça ne marchera pas. Il faut plutôt trouver des stratégies pour qu’il soit capable de chasser progressivement les nuages. Ça prend du temps et beaucoup de communication. Il y a plusieurs étapes avant d’obtenir un déclic, mais on y arrive à un moment donné.


De plus, beaucoup d’attention est accordée aux familles. Une personne seule ne peut pas jouer en équipe. Elle a besoin d’être entourée de gens qui vont l’aider. Elle aura besoin d’un filet social lors de son rétablissement. Souvent, les personnes souffrant d’un problème psychiatrique ont usé leur réseau. Ceux qui les soutenaient au début sont épuisés et n’ont plus d’attentes. On voit la fatigue de l’aidant et dans certains cas, sa détresse. C’est important de les accompagner.


La santé mentale, c’est vraiment voir la personne dans son entièreté. Certes, on travaille en santé mentale, mais il faut aussi se préoccuper de la santé physique de la personne soignée. Si on veut une bonne santé mentale, il faut aussi s’occuper du reste...


D'ailleurs, j'observe que la santé physique est une bonne façon d’établir un lien de confiance avec le patient. Celui-ci retient que l’infirmière prend soin de lui. Certaines personnes peuvent se sentir attaquées quand on aborde leur état mental. C’est compréhensible. Quoi de plus personnel que leurs émotions et la perception qu’elles se font de leur propre vie? Pour elles, qui suis-je pour leur demander si elles sont suicidaires? Dans ces cas, la santé physique facilite la relation.


Bon nombre de personnes ont des préjugés sur ce qu’est le trouble de santé mentale et sur ceux qui en sont atteints, une mauvaise conception de ce que représente la santé mentale. Il arrive que lorsqu'on demande aux gens d’exprimer leur perception quant à l’état de santé d’une personne qu’elles connaissent souffrant d’un trouble mental, elles le qualifient de paresseux ; ils déplorent qu’il ne veuille pas travailler et qu’il refuse de s’aider. Qu'ils ne réussiront pas dans la vie ou se font une image préconçue de « perdants ».


Dans mon livre à moi, je travaille pour déconstruire ces perceptions. La santé, c'est la santé. La santé mentale est au même titre que la santé physique. Nous n'avons pas peur de consulter pour un bras cassé ; il faut briser les tabous...

Demander de l'aide, c'est « fort »!



Contrairement à ce qu'on lit souvent, nous sommes là. De l'aide est accessible.


La souffrance est universelle et surtout impermanente.

Un jour à la fois, un petit pas vers l'avant!


Madison M.

xx


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