• P.

Ma relation compliquée avec la balance

Mis à jour : sept. 4

5h30 le matin, je suis nue, et j'embarque sur la balance. Je suis 1,65m, mon tour de taille est 85cm. Les chiffres de la balance s'arrête : 135 lbs. "C'est ça, traite-moi donc de grosse torche!" Ça m'a pris quelques instants après ce moment de colère contre ma balance pour me raisonner et constater que non, ma balance ne m'avait pas réellement insultée et que je suis encore dans mon poids santé. L'anorexie, que je surnomme Ana, a fait parti de ma vie pendant presque dix ans, et malgré le fait que je suis "guérie", je garde de nombreux réflexe de ce temps-là. Je regarde toujours les valeurs nutritionnelles des aliments que je mange pour vérifier les calories, le gras et le sucre. Je calcule souvent le nombre de calories que je mange. Je me sens souvent coupable quand je mange trop gras, trop calorique ou trop sucré. Je fais des inspections de mon gras sur toutes les partie de mon corps, et j'ai le supplice de la balance. (Ouais, bon, je ne sonne pas super guérie en disant tout ça, mais je vous jure que ce n'est rien comparé à avant, et je ne me prive plus!)

Source : https://www.lapresse.ca/vivre/sante/201404/22/01-4759808-pese-personne-connaitre-son-poids-ne-suffit-pas.php

Ana s'est insurgée sournoisement en moi à l'âge de 11 ans, après ma première agression sexuelle. Je me suis sentie honteuse, mon corps était sale et j'ai senti qu'il ne m'appartenait plus. J'ai commencé à avoir de moins en moins envie de manger et avoir honte quand je mangeais autre chose que des légumes. J'ai commencé à contrôler ce que je mangeais et souvent, je me cachais pour manger. Déjà jeune, à cause de ce que je voyais à la télévision, je me pèsais. La fréquence de mes pesées ont augmenté. En trois mois, je suis passée de 100 lbs à 70 lbs. À deux reprises, je me suis fait peur : la fois où je me sentais tellement faible que je me suis effondrée et la fois où, quand je me suis couchée sur le dos, mon ventre a courbé vers l'intérieur. Évidemment, ma mère a réagis quand elle a trouvé que je suis allée trop loins : j'ai rencontré quelques fois un psychiatre dans un hôpital pour enfant, puis ils m'ont laissée partir quand j'avais pris assez de poids à leur goût. Ma mère, quant à elle, s'est démenée pour me faire manger davantage et m'a proposé toutes sortes de solutions pour m'aider. Pendant les années qui ont suivi, je maintenais mon poids en-dessous de mon poids santé et je surveillais tout ce que je mangeais, paniquant si je prenais rien qu'une livre ou deux. Évidemment, mes règles sont arrivées super tard, j'ai développé un problème au niveau hormonal et est apparue une pilosité dites masculines. J'ai réussi à faire la paix avec la nourriture quand j'ai quitté ma première relation hautement malsaine. La personne avec qui j'étais me piquait une crise au deux semaines concernant mon poids et me rappelait comment il me trouverait beaucoup moins belle si je prenais du poids. Peu de temps après la rupture, j'ai eu envie d'une poutine, et un ami m'a encouragé à en prendre une. Cette poutine était la première que je prenais depuis facilement 10 ans ; c'était libérateur. Je garde une balance chez moi, que je cache. Je sais, ce n'est pas sain, mais elle me permet de ne pas rentrer dans une crise lorsque je veux savoir combien je pèse et que je n'en ai aucune sous la main. Quand c'était le cas, je devenais encore plus obsédée par mon poids et tentait d'entreprendre un régime avant de me gouinfrer en me traitant de grosse torche. Malgré mes habitudes gardées de cette période, malgré mes chicanes avec ma balance, je me sens beaucoup plus en paix avec la nourriture et mon corps. Je mange ce que je veux, en me sentant mille fois moins coupable qu'avant et en appréciant davantage ce que je mange.

P.

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