• prisbeaulieu19

Ma première fois

Il y a maintenant presque 20 ans, j’ai fait ma première crise de panique. Un vrai cauchemar, j’étais paniqué, je croyais que j’allais mourir de peur, j’étais prête à mettre fin à mes jours sur-le-champ si ça n’arrêtait pas. Et puis, aussi vite que c’est arrivé, les symptômes se sont atténués tout d’un coup. À ce moment, ma vie a pris un tournant complètement inattendu. C’était ma première fois… puis il y en a eu une autre… puis une autre… et une autre… et encore plusieurs autres par la suite. J’avais 15 ou 16 ans, à l’époque, et la seule chose que je connaissais des troubles de santé mentale était quelques phrases prononcées durant un cours de F.P.S. (Formation personnelle et sociale). Au moins, ce fut suffisant pour avoir une idée de ce qui venait de m’arriver.


Sur le coup, je me souviens avoir dit : « Hey, je pense que j’ai fait une crise de panique »! Autour de moi, on me disait : « Ça se peut ! » « Ouin j’ai déjà fait quelque chose qui ressemble à ça » « Ok, veux-tu quelque chose, on va arrêter au Tim Hortons, ça va te changer les idée » ? Les heures passaient et je ne me sentais pas vraiment mieux. J’avais tout de même l’impression que je devais en revenir. Alors, je n’en ai pas vraiment reparlé par la suite. On passe à autre chose, comme on dit. Du moins, c’est ce que je croyais.


Mais, peu de temps après la première crise, je voyais bien que quelque chose n’allait pas, quelque chose que je ne pouvais pas ignorer. Effectivement, c’était dur à ignorer, après quelques mois, je ne pouvais même plus prendre le métro ou l’autobus, sans avoir l’impression qu’une catastrophe imminente était sur le point d’arriver. Aller à l’école ou travailler était devenu un supplice, un fardeau difficile à porter. Mais, je voulais faire comme si rien n’avait changé. Je devais continuer à avancer. J’espérais qu'en faisant comme si mon malaise n’existait pas, un jour j’allais redevenir la personne que j’étais.


Ce n’était pas le cas du tout, bien au contraire. J’en suis venue à me sentir comme un imposteur parmi les gens. Je me sentais avalée par la peur. J’avais l’impression de n’être bien nulle part. J’avais constamment peur de perdre le contrôle, de « devenir folle ». Je me sentais en marge de tout le monde. Et, lorsque j’étais seule, je m’apaisais un peu, mais je pleurais souvent, j’étais tellement effrayée.



Avec le temps, je suis devenue une experte pour dissimuler cette tourmente qui s’était installée en moi. J’avais peur d’être jugée, peur d’être incomprise, parce qu’il n’y a rien de pire dans ces moments que de voir apparaitre l’impuissance et l’incompréhension dans le regard des gens. Quel meilleur moyen pour se sentir encore plus anormal.


Plus le temps passait, plus la détresse m’envahissait. Et puis un jour, j’ai décidé qu’il était temps de faire quelque chose, je n’en pouvais plus. C’est arrivé comme ça, je me suis dit « Ça suffit, je ne peux plus continuer ». J’ai manqué l’école, je me suis rendue au CLSC et j’ai demandé de l’aide.


Entre la première crise de panique et cette journée, il s’est écoulé plus d’un an. Cette journée a été aussi déterminante dans ma vie que ma première crise de panique. Effectivement, ce fut le début d’un parcours terriblement difficile, mais aussi extrêmement enrichissant. C’était ma première fois… ma première thérapie.


Cette première crise de panique, c’était le début d’un long parcours. Pendant longtemps, j’ai eu l’impression d’être à bord de montagnes russes. Je suis montée très haut tranquillement et puis « ZOOM », je me suis retrouvée en bas rapidement, puis encore et encore.


Malgré toutes les difficultés, je ne changerais rien à ce qui est arrivé. Sans cette première crise de panique, je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui. Au fil du temps, je me suis découverte et j’ai appris à réajuster ma vie. Ces expériences m’ont permis d’apprendre à m’accepter et à m’aimer telle que je suis. Finalement, je ne le savais pas à l’époque mais, c’était un cadeau inestimable.


Prisk

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