• L'Épinette

Ma bonne étoile

Dernière mise à jour : févr. 21

Un jour, je reçu en cadeau une consultation chez une numérologue. Brièvement, je décrirais la numérologie comme étant un mélange entre l’astrologie et la science des nombres. Une rencontre fascinante à additionner et soustraire des dates, aligner les étoiles et questionner le futur à partir du nom et prénom inscrits à mon acte de naissance. J’étais à ce moment précis de ma vie à la croisée des chemins et j’avais besoin qu’on m’éclaire un brin. De cette fascinante rencontre, une affirmation des planètes a retenu particulièrement mon attention. Celle que l’année de mes 40 ans coïnciderait avec la fin d’un cycle et serait symbole d’un nouveau commencement.


Cet entretien me ramène donc loin derrière dans le temps. Aussi loin qu'un événement déterminant de ma vie. L'aboutissement d'une longue et pénible période d'adolescence. L’âge où je fais une première dépression.


À cette époque pas si lointaine, la maladie mentale est encore bien tabou. Dans ma tête d’ado, la dépression est une maladie d’adulte et c’est bien naïvement que j’accepte une prescription d’anti-dépresseurs. Ceux-ci n’étant pas très à la mode, je n’en dis mot à personne. Avec mon petit bout de papier, je me présente alors à la pharmacie la tête remplie de questions que je finirai par garder pour moi.


Malgré tout, je vivais en alternance de soleil et de nuage. Prévoir un événement était alors grandement anxiogène tellement mes humeurs étaient variables. Avec le temps, j'ai développé une liste assez élaborée d’excuses de dernière minute. J’étais un imposteur. On dit que dans la vie, vaut mieux se fier qu’à soi-même. Ce n’était pas mon cas. Tel un boulet, je traînais une grande détresse en secret. Bref, j’avais le sentiment d’être épiée par une bête noire prête à bondir.



C’est beaucoup plus tard qu’un événement important me fait sombrer à nouveau vers la dépression et je suis cette fois-ci hospitalisée. Il se passera plusieurs semaines avant que je ne retourne chez moi avec de nouvelles pilules et une tape dans le dos. La réalité est que je représente toujours un risque envers moi-même. Les médicaments prennent plusieurs semaines avant d’atteindre leur plein potentiel et il n’y avait dans mon cas aucun résultat. Les symptômes ne faisaient que s'aggraver. J’étais devenue un vrai petit rat de laboratoire. Il n’y a pas d’infirmière ni de travailleur social pour s’informer de mon état. Je ne possède pas les moyens financiers pour consulter un psychologue et, en tant que travailleuse autonome, je n’ai pas accès à l’assurance-emploi. Je suis loin de ma famille et je n'ose parler de ma détresse à mes proches, incapable de constater l'impuissance dans leurs yeux. Dans mon sombre petit 41/2, je suis seule au monde.



Puis s'aligne les planètes et j'obtiens un premier rendez-vous chez un médecin psychiatre. Celui-ci est plus que dévoué et devient véritablement mon étoile du berger. Les semaines sont longues et la route semble n'avoir de fin jusqu’au jour où je reçois enfin le bon diagnostic. Celui de trouble bipolaire de type deux à cycle rapide. C'était l’année de mes 40 ans.


J’ai entendu ces mots tomber comme un poids trop longtemps tenu à bout de bras. Le diagnostic n’était pas une fin en soi mais plutôt le début d’une nouvelle vie. Comme le dit si bien Haruki Murakami:


'When you come out of the storm, you won't be the same person who walked in. That's what this storm's all about.'


Je ne serai plus jamais la même et j’étais plus que prête à accueillir cette nouvelle personne. Pendant tout ce temps, je n’étais pas seule. Une bonne étoile veillait sur moi.


L’Épinette



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