Lettre ouverte sur la santé mentale

Je rêve du jour où la santé mentale sera une priorité. Encore plus, je rêve du jour où il n’y aura plus des centaines de dates à cocher au calendrier dans l’attente de services de psychologie au public. Qu’un seul appel permettra d’être pris en charge aussi facilement que ce l’est pour un problème physique. Je souhaite réellement que la seule façon de voir un psychiatre rapidement ne soit plus celle de traverser les portes de l’urgence à répétition sans ne jamais obtenir de suivi. Sincèrement, je souhaite un monde où les troubles de santé mentale seront pris avec sérieux et qu’il ne sera pas nécessaire de se rendre au plus bas pour qu’on nous prenne par la main, pour retrouver la lumière.

D’un autre côté, je rêve du jour où nous pourrons prononcer les mots : anxiété, dépression, psychose, bipolarité, trouble de personnalité limite, schizophrénie et tout autre trouble sans que les yeux ne se baissent vers le sol dans l’espoir de trouver quelque chose à dire pour briser le malaise. Si la psychophobie baisse un jour les bras nous aurons fait notre part.

Je lance cet appel à tous. Je souhaite avec tout l’espoir qui s’écoule en moi qu’un jour la stigmatisation puisse s’éteindre pour laisser place à une ouverture. Que plus personne ne vive avec la honte d’un diagnostic, des symptômes ou de la médication. Qu’un congé pour sa santé mentale sera encouragé. Je souhaite un simple soutien, une écoute et une compréhension de base pour qu’on puisse vivre tous ensemble avec les mêmes droits humains.



Les statistiques le prouvent, c’est près de 25% de la population qui présenterait des symptômes de détresse en ce moment. C’est énorme. Il y a deux combats en même temps. Les lignes d’écoute sont engorgées, les listes d’attente continuent d’allonger. Le système médical cherche son souffle. Les problèmes continueront de se manifester au-delà des vagues pandémiques que nous vivons cette année. Cette crise n’est qu’une part de l’histoire. La santé mentale en est une de perpétuité. Il faut une récurrence dans l’investissement et l’espoir n’est pas que dans l’argent, mais dans l’adaptation des conditions de travail, dans la scolarité, dans les services. Réglons une part du problème à la source, avant même que la détresse se tisse une place.

J’ose espérer que cette pandémie nous aura appris l’importance d’un système de psychologie adapté et accessible. Que la détresse ne sera plus seulement celle visible sur la peau des autres. Je rêve que le corps ne soit pas qu’une enveloppe sur laquelle repose une incompréhension de l’indicible qui se cache en soi. Qu’on se soulève tous ensemble pour oser parler pour que plus jamais la honte lie des langues et les empêchent de nommer toute souffrance. C’est la seule façon de s’apaiser.


Ève.

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