• Castiel

Les hauts et les bas d'une première grossesse en pleine pandémie

Mis à jour : sept. 4

Pour beaucoup, la nouvelle d'une grossesse apporte énormément de joie, mais aussi beaucoup de craintes : Est-ce que je vais être un bon parent? Est-ce que mon couple est prêt à cet énorme changement? Comment est-ce que ma vie changera lorsque ce petit être fragile fera son apparition dans la maison? Vais-je devoir me départir de mes chiens parce qu'ils réagissent mal au nouvel ajout dans la famille?



Nous avons toujours énormément de questions même quand tout va bien. Mais moi, j'ai appris que j'étais enceinte et on entrait en confinement; le stress habituel, exposant deux.


Au début, pas trop de stress, le confinement devait durer trois semaines et nous en étions déjà à la deuxième. Bon, ok! Je dois prendre un rendez-vous «au PC» avec mon médecin de famille. Rendez-vous qui se fera, bien entendu, par vidéoconférence. Je n'ai pas le droit aux examens habituels. Mon médecin fait de son mieux pour obtenir les informations dont elle a besoin avec quelques questions. Elle m'indique les procédures qui suivront, mais, même venant d'elle, je perçois dans son ton et dans son regard beaucoup d'incertitude.


Ensuite, vient l'annonce à mon employeur. Je travaille dans un secteur essentiel et mon médecin demande un arrêt de travail immédiat en raison des risques d'infections. L'annonce se passe mal. Mon employeur me demande de sortir du bureau et n'ose même pas me regarder. Je me sens rejetée. J'ai l'impression que parce que je ne suis plus en état de travailler, je n'en vaux plus la peine. Je suis supposée terminer mon quart de travail et ne plus revenir, mais mon employeur me dit que je ne sers à rien et que je peux quitter immédiatement.


Et voilà que le confinement s'étend! La situation ne s'améliore pas. Je dois rencontrer l'infirmière de mon médecin, en face à face, car elle a des mesures à prendre. Le rendez-vous devrait durer une heure au total. Je me présente à la clinique pour me faire dire de retourner dans ma voiture. L'infirmière m'appelle sur mon cellulaire et je passe les 45 premières minutes de mon rendez-vous à répondre à ses questions, assise à un dizaine de mètres de son bureau, séparée d'elle par plusieurs murs et fenêtres. Les dernières 15 minutes se font à l'intérieur où elle prend ma pression, mon poids, etc. Elle est vêtue des pieds à la tête en blanc avec des gants, un masque et une visière. Je me sens comme un extraterrestre, moi qui n'a que du «Purell» comme protection. Je me sens comme si j'étais un danger public ou comme si je faisais une grave erreur de sortir de chez moi. Même si je ne suis pas porteuse du virus, je me sens dangereuse pour la sécurité des gens qui m'entourent. Elle m'explique que je pourrais entendre le cœur de mon futur enfant en temps normal, mais, que présentement, il est impossible de voir mon médecin et que je devrai donc m'en passer.


La seule chose qui me prouve que mon enfant grandit en moi c'est le fait que je ne rentre plus dans mes jeans. En fait, je ne rentre même plus dans mes pyjamas. Mais comment m'acheter des vêtements? Tout est fermé! J'essaye quelques magasins en lignes. Le premier, je reçois ma commande assez rapidement, mais réalise tout aussi rapidement qu'il y a des erreurs dans les grandeurs. Rien ne me fait. Sur le site internet, on me dit que les retours sont acceptés, mais en magasin seulement. J'ai donc 75$ qui attendent patiemment dans ma garde-robe que les commerces ouvrent leurs portes. Deuxième tentative : 110$ de vêtements. J'ai seulement trois morceaux : trois pantalons. J'ai commandé le tout il y a presque un mois et je n'ai toujours rien reçu.


Le 4 mai, le Québec a fait rouvrir quelques commerces qui avaient un accès de l'extérieur pour les clients. Je me suis lancée au Walmart le plus proche et j'ai dévalisé les deux seuls présentoirs où il y avait des vêtements de maternité. Je n'ai pas regardé le style, ni les motifs, ni les couleurs, seulement les grandeurs. J'ai pris un morceau de chaque item disponible à ma taille. Je ne peux ni les essayer, ni me les faire rembourser : vente finale. On croise les doigts fort, fort. Finalement, après un mois et demi de recherche et de commandes infructueuses, je peux ENFIN porter des vêtements et des pyjamas confortables sans avoir l'impression que je vais exploser hors de mes pantalons en allant à l'épicerie.


Ça n'a pas été facile de passer au travers tout ça. Oui, mon conjoint est présent. Oui, il me supporte moralement. Mais, parfois, on a besoin de quelqu'un d'autre, comme sa sœur, un(e) ami(e) ou un parent. Au moins quelqu'un qui sait ce que c'est que d'être enceinte. Quelqu'un qui ne rit pas de toi parce que tu pleures à chaudes larmes parce que ton souper c'est une tourtière et non un Big Mac. Ou du moins, quelqu'un qui va rire avec toi parce qu'elle aussi a pleuré pour une niaiserie comme ça.


Je sais que j'ai beaucoup parlé des points négatifs et du stress que cela a pu me causer. J'en ressens encore pas mal. Bonjour anxiété généralisée! Mais j'ai aussi plusieurs choses positives en lien avec la pandémie.


On va commencer par le truc drôle. Je ne suis pas quelqu'un qui aime se faire toucher en général et encore moins par des inconnus. La pandémie m'aide à ce niveau parce que personne n'ose approcher personne! J'ai la sainte paix, comme on dit. Personne ne touche la petite bosse qui commence à se former sur mon ventre autre que moi et mon conjoint. C'es-tu pas magique?


Une autre chose : les gens vendent leurs trucs à des prix ridicules. On dirait que la population a peur d'acheter au voisin, mais est correcte avec l'idée d'acheter quelque chose sur Amazon fabriqué à Wuhan. Je me suis fait "prêter à long terme" une bassinette complète par un membre de la famille. Ma grand-mère se tourne les pouces chez elle. Elle a donc déjà tricoté un toutou et attend patiemment (pas tant) le sexe du bébé pour lui coudre et tricoter une garde-robe complète. Je me fais donner ou vendre des trucs qui valent beaucoup. Est-ce en raison de la pandémie? Est-ce que les gens ont pitié de moi? Ou ai-je simplement un entourage très généreux? Probablement un peu de tout ça, mais, dans tous les cas, je ne vais pas argumenter. Un gros merci, un beau sourire, et je le prends.


Le fait de ne pas avoir entendu le cœur de bébé encore amène du stress, oui. Mais ça amène aussi de l'excitation et de l'anticipation. Ma première échographie est dans une semaine au moment où j'écris ces lignes. Mon Dieu que j'ai hâte! Mon conjoint ne peut pas être présent (on dit encore un gros merci au Covid-19), mais je peux l'avoir en «Facetime» avec moi. On va quand même pouvoir découvrir notre enfant ensemble.


Et finalement, le point le plus positif que je vois : je peux me reposer. Tout le monde sait que le premier trimestre est le plus difficile. Les symptômes, de mon côté, sont assez intenses. Au point où je reste parfois alitée toute la journée. Mais vous savez quoi? La pandémie fait que je n'ai AUCUNE obligation. Je peux me permettre de passer la journée au lit sans me sentir anxieuse ou coupable parce que je devais aller faire des commissions ou que j'ai un diner de prévu, etc. Je peux y aller à mon rythme. Si je ne me sens pas assez en forme pour faire mon lavage? Tant pis, ça ira à demain. Même chose pour la vaisselle, le ménage, etc. Notre société nous demande toujours d'être impeccable, de tout faire maintenant, le plus vite possible et avec la notion qu'il n'y a pas assez d'heures dans une journée.



Le Covid-19 m'aura apporté ça : une certaine tranquillité d'esprit, que rien ne presse vraiment, que nous pouvons profiter de la vie et que nous pouvons nous asseoir sur notre balcon et lire un bon livre. Aussi, nous pouvons faire une sieste quand nous en ressentons le besoin. Nous ne sommes pas obligés d'être productif 24/24. C'est correct de prendre du temps pour soi, de s'aimer soi-même un peu ou de se gâter.


Le défi sera d'appliquer cette façon de penser à l'extérieur de la pandémie, mais je sais qu'avec un peu de pratique, je vais y arriver parce que, pour la première fois depuis bien des années, je ne ressens pas la pression de la société. Et je veux continuer à vivre librement et j'espère pouvoir apprendre cela à mon futur enfant. J'ai confiance, que tout va bien aller.


- Castiel

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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