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Le Trouble dissociatif

Je me suis toujours sentie différente des autres. Je n’arrivais jamais à l’expliquer. Il y a 2 ans, j’ai été évaluée pour la première fois par un psychiatre. J’y allais à reculons parce que j’étais terrifiée qu’il m’appose le diagnostic ; celui que je ne souhaite à personne. Personnellement, je ne connaissais rien de ce diagnostic avant d’avoir lu Coping with trauma-related dissociation et the haunted self.


Mes cours en santé mentale à l’université n’en avaient jamais parlé. Malgré le fait que j’étais travailleuse sociale et pleine d’ouverture, je dois avouer que j’avais beaucoup de méconnaissance face à ce trouble. Les seules fois qu’il avait été abordé, c’était des blagues de mes collègues de travail ou de mes proches. Ma première recherche google sur ce dernier m’avait provoqué une crise panique. Je tremblais, j’avais de la misère à respirer et je répétais, que c’était impossible, que je ne pouvais avoir ÇA. Juste de penser que je pouvais avoir ce trouble, je me sentais condamnée et honteuse. Cela a pris un an après qu’une psychologue soulève le diagnostic avant que j’accepte de rencontrer un psychiatre. Vous comprendrez que lorsque ce dernier me l’a apposé, j’ai cru que ma vie était terminée. Je ressentais le poids de la stigmatisation et de la méconnaissance. Je n’arrivais pas à parler, c’était un choc. J’ai entendu le psychiatre le nommer à 3 reprises, comme pour être certain que j’avais bien entendu. Trois diagnostics sont ressortis : trouble d’attachement, trouble de stress post-traumatique et trouble dissociatif de l’identité.  


Suite à cette journée, le ‘’je’’ est devenu un ‘’nous’’. Savez-vous qu’1 à 3% de la population a un trouble dissociatif de l’identité et que la majorité n’en ont aucune idée. Il s’agit d’un diagnostic comme tous les autres dans le DSM V et ce n’est pas un trouble psychotique. Le TDI est le résultat d’abus sévères dans la petite enfance, c’est un puissant mécanisme de protection. En gros, vous ne saurez pas qu’on a un TDI, les changements d’une identité à l’autre sont subtils.



Au fil des mois suivants le diagnostic, j’ai appris à connaître Phoebe, Anne-Sophie, Victor, Charlotte, Élodie et l’autre protectrice. On est au moins 8 à se partager un corps. Nous sommes tous des identités, ça veut dire que personne n’était là en premier ou qu’il y a une identité plus importante. C’est difficile parce que j’ai maintenant conscience de nos différences (âge, genre, goûts, etc.). J’ai aussi perdu tous mes repères. Je dois apprendre à être plus ouverte, plus compréhensive et plus sensible envers eux. En leur laissant plus de place et en étant sensible envers les membres de mon système, les barrières dissociatives s’atténuent. Cela signifie qu’on a moins d’amnésie et qu’il est plus facile de collaborer ensemble. Le temps dans le corps doit être partagé, il faut se répartir les tâches, il faut s’assurer que tous aient réponse à leurs besoins, il faut communiquer à travers un cahier, il faut des règles pour le fonctionnement au travail, etc. On doit prendre soin des enfants dans le système comme ils détiennent les souvenirs des abus et des émotions difficiles à gérer. Ce sont de vrais enfants avec de vraies souffrances.


On a chacun notre propre vision des choses alors prendre une décision commune peut s’avérer difficile. Notre système est fonctionnel, on travaille depuis plusieurs années comme TS. Notre réalité nous aide dans notre travail. Le TDI peut être pratique quand tu veux te couper de certains éléments ou quand tu ne veux pas effectuer certaines tâches. L’ennui c’est que tu ne peux pas toujours prévoir qui sera à l’avant. Aussi, l’avantage c’est que vous avez plusieurs amis dans un même corps.  


Gérer un système, ce n’est pas de tout repos. Il y a de nombreux moments où on aurait eu besoin de pouvoir appeler une ligne d’écoute, d’avoir du soutien de personnes vivant la même situation, de poser des questions à des professionnels, bref d’avoir des services outre la psychologue au privé. Toutefois, il n’existe aucun service spécialisé au Québec. Une vingtaine de professionnels se sont spécialisés majoritairement au privé, c’est tout. Tu peux appeler pour de l’aide, mais les autres professionnels ne savent pas ce qu’est un trouble dissociatif de l’identité. Plus de 20 psychologues au privé ont refusé de nous suivre quand on avait l’hypothèse de trouble dissociatif. Nos proches n’osent pas en parler et n’ont personne vers qui se tourner. On n’en parle pas. On ne peut pas en parler. Si on le fait, on reçoit des jugements.


On a donc créé une page pour démystifier ce qu’est le trouble dissociatif de l’identité afin de faire changer les choses. Notre définition de la stigmatisation est teintée, pour nous le silence et l’absence d’informations accessibles sur le trouble dissociatif de l’identité est stigmatisant. Enfin, on souhaite seulement pouvoir en parler ouvertement, avoir des services et que l’on arrête de penser qu’on est dangereux ou qu’on a des antennes sur la tête. 


Système D (page Troubles dissociatifs au Québec) 

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