• Kayssie

Le modèle 5/2

À 40 ans, si ta mère te demandait de l’aider à déménager, tu lui dirais probablement oui. Tu l’aimes ta mère, pas vrai?


Donc lundi, journée en question, tu te diriges chez elle avant l’heure prévue. Ton intention est bienveillante et tu es en pleine forme.


Par le fait même, elle profite de ta présence pour que tu lui installes ses pôles à rideaux et mettes à niveau sa laveuse. Tu acceptes volontiers. Au fond, ce n’est pas évident de faire des choses comme celles-là à cet âge.


Et si ta mère te demandait de dormir à la maison, puisqu’elle a très peur et veut s’adapter à son nouvel environnement, tu dirais : "Pourquoi pas. C’est juste pour ce soir, je ne mourrai pas à dormir une seule nuit sur un fauteuil. Et ma mère m’a nourrie, m’a montré tant de choses, je lui dois bien ça."


Le lendemain matin, elle finit par se lever à 10h30. Mais toi tu n’as presque pas fermé l’œil, car elle ronflait comme un ours en hibernation. Tu as vraiment faim, mais n’osait pas la réveiller. Finalement, tu lui prépares son café et cuisine ce qu’elle mange toujours depuis 35 ans. Elle dit brusquement :"Je ne déjeune jamais voyons…surtout quand je n’ai pas dormi une seule minute". Tu te retiens d’argumenter… car elle ne dérogera pas de son point de vue, même si de toute évidence ça ne tient pas debout. Bref, ça commence un peu mal la journée, et Dieu sait que ta liste de tâches à faire est longue.


Puis le jour d’après, quand tu pensais t’en être tirée pour poursuivre tes projets personnels, elle t’appelle en panique, car elle doit payer un compte en retard et ne sait pas comment fonctionne Accès-D. Tu essaies de lui expliquer lentement dans des termes d’enfant de 7 ans pendant 50 minutes, mais tu dois inévitablement finir par te déplacer, car elle a également cliqué sur un lien douteux qui lui demandait son numéro de carte de crédit pour obtenir 5000 euros. "On est au Canada Maman…"


Bref, vendredi se termine…et finalement tu te rends compte que tu ne t’es pas arrêtée une seule fois pour réfléchir ni faire quelque chose pour toi.


Tu en as royalement marre. Car tu sais au fond que dimanche, le fameux nœud qui te serre la gorge fera à nouveau son apparition.

En comparant une mère accaparante à notre carrière, on pourrait voir plusieurs similitudes.

On travaille (majoritairement) dans un endroit que l’on apprécie. On fait ce qui nous valorise, ce qui nous rend une meilleure personne. Et au début, le sentiment est très euphorisant, nous nous sentons à notre place.


Parfois, on doit sacrifier un peu de temps à faire des tâches connexes, un peu moins plaisantes certes, mais qui se trouvent sur notre liste. On les fait et on passe à autre chose.


Certains matins, on se rend au travail alourdi par la fatigue, ou ébranlé par un conflit familial… dès lors, on se demande pourquoi on ne pouvait rester dans son lit, ou prendre un congé sans solde d’une semaine.


À d’autres moments, on croise des collègues au caractère discutable. L’erreur d’inattention d’un d’entres eux déséquilibre complètement notre plan structuré. La patience qui était partie faire un tour dehors à la pause n’est pas revenue…


Puis, il y a des jours où tu te demandes pourquoi ton employeur n’a pas engagé un robot, dépourvu de fatigue et d’émotions. L’indulgence ne fait pas toujours partie de la mentalité des supérieurs. Mais, dirait-on : "Mon patron me paie, je lui dois bien ça."?


Tu finis par te réveiller un matin glacial de janvier. Seigneur, les années se suivent…et se ressemblent tristement.


Travailler en moyenne 50 semaines par années, pendant plus de 35 ans, c’est presque 3000 jours ou tu acquiesces aux volontés de quelqu’un d’autre.


Il est dit que l’esclavagisme est chose du passé, j’en conviens.


Mais nos valeurs, nos ambitions, notre état d’esprit… ne sont-ils pas grandement étouffés, basculés, remis en cause? Si ce n’est pas de l’esclavagisme, qu’est-ce que c’est?


De l'assujettissement? Un voyage humanitaire à 15 minutes de chez soi?


Et s’il y avait des solutions, parfois beaucoup moins hors de portées et impossibles qu’on ne le croit?



Il faut déconstruire le fondement où repose la confiance en soi, la motivation et la force de surmonter ses peurs. Car ces croyances nous murmurent à l’oreille que nous devons suivre la parade, que nous « devons » travailler à la sueur de notre front jusqu’à ce que la retraite se présente et que la maladie nous emporte aussitôt, avec ce même vieux nœud à la gorge.


Et si le mot impossible n'existait plus? Par quoi commencerais-tu?


Bien à vous,

Kayssie

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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