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Le deuil devant la peur de l'abandon

Mis à jour : sept. 5

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j'ai une peur maladive de l'abandon. Quand j'étais en maternelle, je pleurais à tous les midi parce que ma mère n'était pas là. Plus tard, je pleurais à la fin de l'année scolaire parce que je ne reverrais plus un enseignant que j'aimais. Puis, j'ai eu peur de perdre mes amis, alors, je faisais tout pour essayer de les garder près de moi. J'avoue ne pas être fière de certaines des tactiques que j'utilisais pour retenir les gens dans ma vie, comme les menacer de ne plus faire d'effort pour eux.


Le moment où cette peur a pris un tout autre sens est lorsque mon frère le plus âgé est décédé. Il avait 28 ans quand c'est arrivé ; j'en avais 18. C'est arrivé comme ça, sans aucune raison apparente.


Mon frère, né prématurément, avait un déficit mental. Mes parents l'ont placé dans une maison d'accueil quand il avait 16 ans parce qu'il était psychotique et il était devenu trop violent. Un soir, le 29 août 2013, il s'est couché et il s'est levé tôt le matin du 30 août pour vomir avant de mourir.


À ce moment, j'ai réalisé comment la vie était fragile et qu'elle pouvait s'éteindre n'importe quand. Vraiment n'importe quand. Ma peur était soudainement devenu justifiable : mon frère venait de mourir! Tout le monde va mourir! Je vais perdre tout le monde!


Plutôt que de me rapprocher des gens que j'aimais et de leur faire savoir que je les aimais, je me suis éloignée d'eux. Si je n'étais proche de personne, si je ne m'attachais à personne, alors, je n'avais plus à craindre la perte. Logique, non? J'ai aussi commencé à me percevoir comme une personne de passage dans la vie des autres. Je me disais, et parfois leur disais aussi, que notre relation pourrait finir maintenant et que c'était correct, que j'allais être heureuse de les avoir rencontré, et que je ne retenais personne dans ma vie. Pendant 3 ou 4 ans, c'est ce que j'ai fait : laisser passer les gens dans ma vie et passer dans la leur, jusqu'à ce que je commence ma technique et que je rencontre des gens extraordinaires.




Ces filles m'ont acceptée, dans mes plus beaux côtés comme dans les plus laids, et elles sont restées à mes côtés, m'aimant et me supportant, me permettant d'apprendre à m'attacher à nouveau.


Or, cet été, l'une d'elle est décédée subitement d'une embollie pulmonaire.


La nouvelle m'a foudroyée. La seule chose que j'avais en tête était qu'elle était morte. Que c'était impossible. Que je ne comprenais pas. Qu'il fallait qu'on fasse quelque chose pour la ramener. Que si j'allais là-bas, j'allais être capable de la ramener. Plot twist : je n'étais pas Dieu-tout-puissant et je ne pouvais pas la ramener à la vie.


J'ai passé en boucle tout ce que je n'avais pas fait correctement avec elle. Au court de la dernière année, j'étais tellement prise avec mes mélodrames que je n'ai pas été une très bonne amie, ni avec elle ni avec les autres filles. Je m'en suis voulue et je me suis battue à coup de « j'aurais dû ».


Rapidement, j'ai recommencé à avoir maladivement peur de l'abandon. Et si ma mère mourrait? Ou mon père? Ou mon autre frère? Ou mon copain? Ou mes autres amis? La peur m'a empoisonnée, me donnant envie à un moment de couper connexion avec tout être humain pour évtier la perte, ou bien de garder tous mes proches à vue d'oeil sous un même toit pour éviter d'en perdre un autre.


Ça va bientôt faire deux mois qu'elle est décédée. J'ai parlé avec une psychologue pour m'aider à passer au travers. J'ai réussi à calmer ma peur, mais elle est toujours bien présente. J'ai encore peur que ma mère ou mon copain se volatilise, je m'assure donc plusieurs fois par jour qu'ils sont encore à un texto ou un coup de fil proche, et qu'ils sont corrects.


P.



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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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