• Andréa

Le deuil blanc

Dernière mise à jour : oct. 3


Je vis présentement un deuil blanc. À seulement 19 ans, je vois mon père se dégrader sous l'effet de l'Alzheimer et de la démence. Ça affecte ma santé mentale, car j'ai sans cesse l'impression de courir après le temps, d'essayer de rattraper toutes les erreurs que j'ai commises dans le passé comme avoir honte de lui. Habitant loin, j'essaie de passer le plus de temps possible avec lui quand je vais visiter ma famille, mais j'ai sans cesse le goût amer au fond du coeur que je vais regretter d'avoir été loin de lui dans ces derniers moments de lucidité. Parce que c'est ça le problème avec les maladies neurodégénératives : ça ne revient jamais à la normale.


Ça ne fait qu'empirer nous laissant tristes et nostalgiques.

« Chez les personnes avec l’Alzheimer ou une maladie apparentée, les membres de leur famille, les aidants, et le personnel qui les soutiennent ressentent tous une forme quelconque de deuil au cours de la progression de la maladie. Le deuil blanc est l’ensemble des sentiments fréquemment éprouvés en pleurant la personne avec l’Alzheimer bien avant qu’elle ne décède. Une personne qui ressent le deuil blanc peut sentir que la personne avec l’Alzheimer la quitte un peu à chaque jour. Apprendre au sujet du chagrin et du deuil à cause de la maladie d’Alzheimer peut aider à mieux comprendre les sentiments qui l’accompagnent et peut faciliter le processus.»

[...]

Je t'ai vu éclabousser le ciel de feux d'artifices. Je t'ai vu illuminer un peu plus ce monde parfois trop sombre. Depuis que je suis enfant, tu as toujours trouvé une façon de nous faire sourire. Tu es un père plus qu'exceptionnel et, je ne le dis pas avec mon coeur d'enfant, mais avec mon coeur d'humain. Parce que Dieu sait que j'ai fréquenté trop de monde brisé par la vie qui m'ont blessée.


Tu m'as ramassée dans mes états les plus sombres bien trop de fois. Quand le monde entier me tournait le dos, tu étais là pour me remettre sur pieds. Je pense ici à quand je me suis brisée le fémur en cheerleading et que tu t'es rué à l'hôpital inquiet pour ta petite fille. Je ris encore quand je pense au fait que tu as déposé ton sac lourd sur ma jambe blessé sans y penser. Il faut dire que j'ai hérité de ce petit côté « niaiseux et impulsif ». Tu as été la première personne à venir me voir après ma première tentative de suicide et le seul à ne pas m'avoir chicanée. Tu m'as dis que j'avais besoin d'aide et que tu allais être là dans tout le processus. Tu as aussi été là quand je me suis faite renvoyée de mon premier emploi. Je me rappelle à quel point tu voulais rentrer dans l'épicerie envoyer promener le patron qui m'avait congédiée pour mon problème d'anxiété.


Le monde n'a pas d'allure. Arrête de te mettre sur les épaules le poids des conneries des autres et apprend ta valeur.

Avec toi, j'ai toujours senti que je pouvais affronter le monde entier. C'est de toi que me viens cette envie de changer le monde. C'est grâce à toi si j'ai suivi mes rêves. C'est en ton honneur que je vais devenir journaliste en santé mentale, que je vais montrer que je suis capable d'accomplir de grandes choses. Si tu savais le nombre de fois qu'on m'a rabaissée, qu'on m'a dis que je voyais trop grand. Chaque fois, j'ai pleuré un bon coup et j'ai transformé ces commentaires en énergie pour changer les choses. On vit dans une société si triste, ça tu le sais, mais ça ne t'a jamais affecté.



Tu es la première personne que j'ai vue qui saluait tous les passants sur la rue sans jamais porter aucun jugement envers les itinérants et les personnes en difficulté que tu croises. Tu es le seul homme à complimenter toutes les femmes que tu vois, à donner de l'affection à tous les animaux de la terre. Tu es un des seuls à faire ce que tu veux, à t'épanouir malgré les jugements. Car tu sais que ces personnes-là sont seulement jalouses de ne pas avoir l'audace de se lever et de s'assumer haut et fort.


Même si tu change un peu chaque jour, que tu perds la mémoire, je sais que tu ne vas jamais m'oublier. Moi, je n'oublierai jamais comment tu m'as transformée en guerrière.


Personne ne sera jamais toi.


Et surtout, c'est toi qui m'a appris que mes problèmes de santé ne me définissent pas.


gif

Saches que je n'oublierai jamais la personne que tu étais avant la maladie et que, chaque jour, j'apprendrai un peu plus à aimer la personne que tu deviens.


Parce qu'au fond du coeur, on garde la même essence. Tu garderas toujours ce pouvoir de faire sourire tout le monde autour de toi même lors de journées plus grises.




- Andréa




*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'Office québécois de la langue française.


184 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout