• France P.

Le château de carte

Mis à jour : sept. 4

Je dois être quelqu’un de plus forte que ce que je crois. Encore aujourd’hui, on m'a demandée : "Mais comment tu fais?" "Comment ça se fait que tu sois encore debout?" "C’est quoi au juste qui te tient en place et qui fait que tu ne t’écroules pas comme un château de cartes?" "C’est quoi le truc qui fait que tu n’es pas complètement brisée dans un coin en train de pleurer toutes les larmes de ton corps?


Sérieusement? Je ne le sais pas.


Ça fait quelques rendez-vous que ma psychiatre me parle d’internement. Elle me demande à chaque fois si je suis prête à passer quelques temps sans médicament, pour faire tomber mes masques un par un et voir qui est caché sous toutes les différentes molécules que mon corps prend matin et soir. Elle veut voir la vrai moi, sans retenue. Celle qui tremble comme une feuille devant l’idée de payer son loyer, car elle ne sait pas d’où l’argent va venir. Celle qui se sent un imposteur avec sa caméra, alors que tout le monde lui dit qu’elle est si bonne.


À chaque fois que je raconte mon histoire, les gens paniquent et se mettent à me demander si je vais bien. Oui, oui! Tout va bien! Je tiens encore le coup! Je tiens le coup devant mon fils et ses multiples "challenges". Je tiens le coup devant la dépression sévère de ma femme. Je tiens le coup devant ma famille qui me dit que je suis en train de la tuer avec tout ce que je lui fais vivre.


(Ah? Et moi, là-dedans? Tu crois que c’est agréable?)


Parce que même avec un deux semaines et demi de congé maladie, je suis toujours autant fatiguée. En partie puisque mon fils a des insomnies qui ne concordent pas avec les miennes… ça serait assez pratique ça!


Une des premières photos de mon projet sur les émotions de la santé mentale

Oui, je suis encore là. Malgré tout ce qui ce passe dans ma vie, je suis encore et toujours là pour les autres. On dirait que je ne veux pas être là pour moi, alors je me rends disponible pour tout le monde. J’évite complètement de prendre soin de moi (souvent à mes dépends) pour prendre soin des autres. Je skip mes émotions et j’aide les autres à réduire leur montagnes… mais pour encore combien de temps?


J’ai peur qu’à un moment donné, tout va lâcher. Que pendant un instant, tout ce que j’ai réussi à cacher, enterrer, détruire comme émotions, va me revenir en pleine face à grand coup de pelle. Qu’a un moment donné, je ne pourrai plus aider personne, car moi-même, je ne pourrai pas m’aider. J’ai peur. J’ai vraiment peur. J’ai peur de ne pas me relever. J'ai peur que tout tombe avec moi. J’ai la chienne (drôle d’expression, mais bon) que quand mes cartes vont s’effondrer, moi je vais y rester.


Et je ne veux pas …


France P.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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