• Andréa

Laissée pour morte



Je te rassure tout de suite, je suis encore en vie. Sinon, tu ne serais pas en train de me lire à l'instant. Il s'agissait plutôt d'une métaphore sur les gens « délaissés du système de santé ». Ce sont des gens souffrants de problèmes psychiatriques qui n'ont pas reçu l'aide nécessaire, des gens qu'on a laissé de côté pour maintes raisons.


J'en connais et je suis sûre que tu en connais toi aussi.


Les professionnels de la santé sont humains: ils font des erreurs, ils sont imparfaits, j'en suis consciente.


Certes, cela n'excuse pas le manque de respect et la négligence.


Lors d'une de mes visites à l'hôpital, j'étais dans une phase dépressive et je n'avais pas mangé depuis près de quatre jours. Vers deux heures du matin, je n'en pouvais plus, alors j'ai demandé à manger à l'infirmière et elle m'a dit « Tu n'avais qu'à manger lorsque c'était le temps ». J'ai finalement reçu de la nourriture après que mon agent de sécurité lui ait parlé. Une autre fois, je venais de m'entretenir avec une intervenante du 811 et elle souhaitait parler à mon infirmière pour établir un compte rendu, partager ses observations et recommandations. Je lui ai donc demandé de prendre le téléphone et elle a refusé tout en poussant un énorme soupir.


Je n'ai pas le temps. Il y a des gens qui sont malades ici.

C'est ce qu'elle m'a dit. Comme si moi, je n'étais pas malade. Parce que c'est dans ma tête, ça ne veut pas dire que ça n'existe pas. Des exemples, j'en ai plusieurs et c'est bien malheureux, car il n'y a aucun patient responsable dans ces moments-là. Il n'y a que des gens mal informés, de la stigmatisation à ras-bord.


La première fois que j'ai consulté, j'avais 15 ans. Je ne voyais ma psychiatre que quelques fois pour faire un suivi de mon état, de ma médication. J'ai fais une tentative de suicide pourtant.


Cette année, vers le mois d'octobre, j'ai rechuté. Je me suis rendue à l'hôpital et j'ai seulement eu de l'aide ponctuelle. Je voulais mourir, mais tout ce qu'on me proposait, c'était de calmer la crise sur le moment et de repartir chez moi comme si tout allait bien.


Mais tout n'allait pas. Et j'avais besoin d'un suivi plus approfondi.


Je n'ai reçu aucune proposition de psychothérapie. Je suis allée au service d'aide psycho-social du Cégep et on m'a dit que mon « cas était trop complexe » et on m'a référée nulle part.

J'ai dû me débrouiller moi-même.




En avril, j'étais en peine d'amour et je ne pouvais plus me supporter. J'ai été à l'hôpital et on n'a rien fait. On m'a renvoyée chez moi après une rencontre avec une psychiatre en me disant « que c'est seulement temporaire, que ça va passer ». Dans la même semaine, je me suis faite arrêtée par la police, alors que j'étais en crise et on m'a hospitalisée. Le lendemain, une psychologue du CLSC a été mise au courant et m'a contactée. Le suivi a aussitôt commencé. Depuis, je la vois deux fois par semaine, mais il faut dire que ça a pris 3 ans pour avoir accès à une thérapie. 3 ANS !!


Bien que je n'avais pas le cancer, je me battais pour ma vie chaque jour.


Si toi aussi tu as vécu quelque chose de semblable, je te rassure: tu n'es pas un cas désespéré et ce n'est pas de ta faute. Le système de santé est débordé, oui, mais jamais on ne devrait laisser quelqu'un affronter cela seul. C'est simplement inhumain. La maladie mentale est une maladie et nécessite donc elle aussi un traitement.


Andréa

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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