• Castiel

La spirale

Mis à jour : sept. 5

Je ne sais même pas par quoi commencer. C'est difficile de mettre une seule idée en place quand tout, absolument tout, tourne sans arrêt dans ma tête.


Une crise de panique peut surprendre n'importe qui. C'est une panthère, un cougar, caché dans les broussailles. Discret, ses yeux ne lâchent pas ton dos une seule seconde, son entière attention sur toi, prêt à passer à l'attaque aussitôt qu'une occasion se présente. Elle se rapproche, un pas à la fois, un pas tellement légé et doux, qu'il est impossible pour toi de l'entendre.


Mais tu sais que quelqu'un, quelque chose, t'observe. Tu le sens dans ton dos, à la base de ton coup. Tu sens un regard perçant sur toi, et peu importe dans quelle direction tu regardes, entre quelles branches tu tentes de remarquer un mouvement... C'est impossible de savoir exactement quand ses crocs te prendront par le cou.


C'est impossible de savoir le moment exact où l'attaque aura lieu. Tout simplement impossible. Mais lorsqu'elle survient, c'est la fin. En tout cas, c'est une impression qui semble très réaliste.


Parce qu'en bout de ligne, l'attaque ne vient de nulle part. Elle vient de ma tête, et ma tête uniquement. Personne ne l'a implanté. Personne ne la pousse à se déclancher. En fait, oui, une chose se passe pour la déclancher.


La spirale.



Cette foutue spirale qui ne cesse jamais de tourner. Cette spirale qui est aussi facile d'arrêter que de résoudre un cube Rubik les yeux bandés. C'est possible, ça prend juste beaucoup de pratique.


Ma dernière spirale s'est tranquillement planifiée, dès le moment où je me suis levée. J'ai reçu un appel de ma psychologue qui m'apprenait que j'avais mal noté mon rendez-vous, qu'il était à 9h00, et non à 10h00. Je suis en beau maudit, parce que j'ai payé pour ce rendez-vous de 1h00 qui finalement, n'a duré que 15 minutes parce que je suis arrivée en retard. Encore plus, parce que je ressentais le besoin de lui parler, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt sur ce qui me triturait. Même elle, pendant la rencontre, m'a demandé à plusieurs reprises ce qui se passait, elle trouvait que j'avais l'air plus terne qu'à l'habitude. Comme s'il y avait un film invisible qui m'enveloppait et atténuait mon éclat.


Retour à la maison, et c'est le cambodge. Je suis partie en catastrophe de la maison pour avoir le plus de temps possible avec ma psychologue, ce qui a fait que j'ai oublié de mettre mes deux patates dans leurs cages. Les deux se sont vangées de mon brusque départ, ont réussi à entrer dans ma chambre et à dévaliser mes tiroirs. Ma fitbit que j'ai depuis seulement quelques mois ? Mangée, détruite, en petits morceaux. Il n'y a rien que je peux faire pour la réparer. Ma boîte à bijoux a également été mangée. Par chance, les bijoux eux-mêmes sont intactes.


Il est à peine 10h30 et déjà, la journée ne s'annonce pas bien. Je sens un brin de tourbillon en moi, un simple coup de vent. Je sais que c'est un vent de tempête, c'est le coup de vent qui me fait ressentir les yeux de la panthère sur la base de mon cou pour la première fois. Je sais ce que mon corps se prépare à faire, mais je prend quelques minutes.


"Ça va bien aller. Ce n'est que du matériel, rien d'important. C'est dommage, mais sans plus. Le travail et le mariage te mettent beaucoup de pression, et c'est NORMAL. Ça. Va. Bien. Aller."


Je réussis à calmer ce simple vent, mais je sens que l'écosystème en moi est fragile.


On continue la journée. Une heure à la fois. J'ai la visite de ma soeur et de mon adorable neveu. Tout va bien, mais l'interaction sociale est difficile. J'ai de la difficulté à être entièrement présente, j'ai besoin de faire un effort pour sembler heureuse de les voir. J'ai besoin d'avoir l'air forte. Ma soeur souffre également de problèmes mentaux et je sais qu'elle passe par quelque chose de difficile, donc je joue mon rôle de grande soeur à la perfection : je lui fais du bien, je la fais sourrire. Je m'occupe de mon neveu lorsqu'elle a besoin de temps à l'écart, je l'aide à faire des savons et des muffins. Je cache mon agitation, autant à elle qu'à moi-même. Je ne veux PAS me sentir comme ça.



Mais lorsqu'elle quitte, je sens mon masque tomber. Et je manque de force pour calmer la tempête qui vient. Elle approche de plus en plus, heure par heure. Il est 15h00. Je suis seule jusqu'à 19h00. Jamais je ne vais réussir à survivre encore 4h00 sans mon conjoint.


Je sens la panique monter de plus en plus. Le simple vent devient lentement, mais sûrement, un tourbillon, puis une tornade, et j'ai de plus en plus de difficulté à m'accrocher à la réalité. J'essaie encore et encore de rester forte, parce qu'un acteur que j'admire beaucoup a déjà dit "Always Keep Fighting". Donc, je continue de me battre, je continue de rester accroché à tout ce que je peux.



Je tente de me changer les idées en m'installant avec mes patates devant la télévision. Je garde mon cellulaire proche, en cas d'urgence. Les larmes ont commencé à couler, mais je garde mon calme du mieux que je peux. J'essaie de m'enrouler dans l'une de mes couvertures préférées.


Je reçois des appels du travail. Je n'ai pas le choix de répondre, je suis la responsable jusqu'au retour de ma directrice de son congé de maladie. Je ravale mes émotions pour quelques minutes, pour répondre aux questions de la stagiaire. Je la rassure qu'elle ne me dérange pas et que je suis disponible.


Je pense énormément à mon Ativan. Je veux en prendre, mais je ne veux pas en même temps. Je ne veux pas que ça devienne une habitude. C'est fou à quel point l'esprit peut nous empêcher de nous aider, même lorsque nous avons les outils nécessaires.


J'ouvre mes messages, et c'est là que tout explose : J'ai un courriel du Sergent Détective responsable de l'enquête pour ma plainte pour agression sexuelle.


J'éclate, je pleure, je tremble. Je perds légèrement le contact avec la réalité, j'essaie de comprendre ce qui m'entoure sans vraiment y arriver. J'ai essayé toute la journée de contrôler la spirale, mais là, c'est trop. Je me cache sous ma couverture, j'essaie de m'isoler du monde qui m'entoure. Mes chiens se couchent sur mes jambes, ce qui me rassure et me calme légèrement. Les animaux ont ce don, ce fameux don de ressentir les émotions et d'être disponible pour leur maître. Ce don d'absorber la douleur et de nous aider à la supporter. Je me sens un peu plus en sécurité.



J'appelle également mon conjoint. J'ai peur que mon appel l'inquiète, mais j'ai besoin d'entendre sa voix, j'ai besoin d'avoir l'impression qu'il est près de moi.


L'appel aussi est rassurant. Il sait comment me calmer. Il s'assure que je suis en sécurité, à l'intérieur, au chaud, que j'ai de quoi m'hydrater. Il m'assure que si tout cela est à ma portée, je vais bien aller. Qu'il finit de travailler bientôt et qu'il va m'apporter ma soupe préférée. Qu'il va nous couler un bon bain chaud et qu'il n'allait rien y avoir d'angoissant pour la soirée.


J'ai réussis à contrôler la spirale jusqu'à l'arrivée de mon conjoint en or. Et j'ai pris le temps de réfléchir par la suite : Pourquoi est-ce que je n'ai pas pris les outils qui m'étaient offert ?


La réalité, c'est que j'ai pris les outils. J'ai utilisé les choses qui m'étaient fournies pour mieux aller. Non, je n'ai pas pris ma médication. Je n'étais pas à l'aise. Mais je suis allée chercher le support de plusieurs personnes de confiance autour de moi. Mes chiens sont de gros dépendants affectifs qui ont juste réussis à m'apaiser en étant présent dans la même pièce et en restant avec moi. Mon conjoint, quant à lui, en est pour beaucoup.


C'est lui qui m'aide le plus à m'ancrer dans la réalité, à revenir dans l'ici et maintenant. Le plus important, c'est que je peux lui faire confiance. Je me sens en sécurité avec lui.


Je pense que ce que j'essaie de dire, de façon un peu maladroite, c'est que les outils qu'on peut trouver pour se protéger de cette spirale sont différents pour tout le monde. Les gens vont proposer 150 façons différentes d'essayer de se contrôler, passant par des exercices de respirations qui sont pertinents, la médication, ou encore les pires niaiseries du style "arrête d'y penser". Dépendamment de ce qui nous convient le plus, on peut en essayer quelques-uns, mais en bout de ligne, tout le monde est capable de trouver ses propres moyens.


J'ai trouvé les miens. Il suffit d'expérimenter. Malheureusement, il n'y a pas beaucoup d'options : l'essai-erreur. Il ne faut tout simplement pas se décourager. Je dis tout simplement, mais je sais que c'est tout sauf simple. Par contre, si on pousse un peu, si on continue d'essayer, on finit par trouver des moyens qui fonctionnent.


La vie réserve tellement de belles surprises.


"Always Keep Fighting".


- Castiel

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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