• Andréa

La psychose vue de l'extérieur


Il est partie un soir comme ça. C'était le début de l'été, il s'apprêtait à vivre la meilleure expérience de sa vie : cueillir des cerises dans l'ouest canadien. Il a rencontré une panoplie de personnes : des bonnes et des moins bonnes. Il a passé des soirées à fumer du cannabis et parler avec ses collègues de camp. Il a retourné sa vie entière dans sa tête et sous tous ses angles. Il n'a pas laissé place au doute. À trop penser, il s'est égaré. C'est là qu'il a perdu le contact avec la réalité. Il est maintenant revenu et je fais face à une toute autre personne.


Cette personne-là, c'est un bon ami. Il a été là dans mes bons moments comme dans mes moments moins glorieux. Souffrant d'anxiété tout comme moi, il savait comment me rassurer. Quand il est parti, je l'ai aidé à faire ses bagages. Il était tout excité. Qui ne le serait pas de découvrir une autre partie de son pays et partir à l'aventure sans savoir ce qui nous attend ? Je voulais venir avec lui, mais je ne me sentais pas prête à sortir de ma zone de confort. Pendant le long trajet, on a parlé pendant des heures au téléphone. Puis, on a « perdu » contact, car il était plutôt occupé.


Deux mois plus tard, il est revenu en psychose. Il avait des idées délirantes, était plutôt paranoïaque. Il sortait d'une hospitalisation de cinq jours en psychiatrie après avoir fuit son ami avec lequel il covoiturait. Il croyait qu'il était un hacker, qu'il allait voler ses informations bancaires. Déambulant mal habillé dans les rues de l'Ontario, il faut dire que les gens ne le prenaient pas trop au sérieux. Il a même appelé la police pour dénoncer son ami qui, selon lui, lui voulait du mal.


Personne ne l'a aidé jusqu'à ce qu'il appelle sa mère et que celle-ci envoie une ambulance. C'est malheureux de voir que la maladie mentale n'est pas encore pris très au sérieux et qu'on a peur de ces gens-là. Qu'on les fuit au lieu de leur venir en aide...



À ce stade-ci, il croyait que le monde entier lui voulait du mal. Même à l'hôpital, il se méfiait du personnel craignant qu'ils étaient tous complices. Il m'a confié que ses oeufs dans ses repas avaient été injectés de drogue, qu'il voyait des ordinateurs remplis de pages de codes, qu'on disait qu'il était responsable de meurtre, etc.




Les médecins ont barré sa porte le laissant seul avec ses idées. Mais puisqu'il n'était pas vraiment un danger pour lui-même ni les autres, pourquoi ne pas l'avoir seulement rassuré, essayé de le mettre en sécurité ?


Malgré sa psychose, je l'ai revu sous un bel angle. J'ai revu une personne qui m'expliquait à quel point il se soucit des gens et qu'il a appris sur lui. J'ai vu une personne qui avait connu l'enfer, mais qui décidait quand même d'y voir le positif.

À force de trop contempler la noirceur, on finit par s'y perdre.

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Quand on est pris dans notre tête, il semble souvent que le monde arrête de tourner. Certes, il y a tellement de choses qu'on ne voit pas, car on s'arrête aux détails. Ce que j'ai appris en côtoyant quelqu'un ayant vécu un épisode psychotique et qui est toujours dedans, c'est que parfois on oublie que les monstres dans notre tête ne détiennent pas toujours la vérité.


À prendre note : Cette personne m'a donné son consentement pour partager ce texte.


- Andréa

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