• Marie

La peur du après

Il y a déjà un moment que je me demande ce qui me gruge de l’intérieur comme un mal insidieux. Cette tension entre mes omoplates, comme une brûlure, ne cesse de se faire ressentir et me rappelle que je suis sur la corde raide. Je ressens cette fragilité avec une amertume indescriptible. Pourtant, je sais rationnellement que je ne suis pas faible, que cette sensibilité me rend plus forte, me permet de mieux faire mon travail, d’être plus à l’écoute.


Parce que j’ai du mal à dormir maintenant le soir, je mets en route cette méditation guidée qui m’a tant de fois aidée à m’apaiser. Après un moment, on me demande de m’imaginer un moment où j’étais bien. Un de ces instants où le temps est comme arrêté, suspendu et que l’on peut ressentir le bonheur jusque dans la plus petite fibre de notre corps. La scène se joue dans ma tête avec une telle clarté. Je me revois, il y a de cela plusieurs années, avec ma meilleure amie de l’époque, à une distance qui aujourd’hui est interdite… et ça me frappe de plein fouet. Juste comme ça, je prends conscience que je n’ai aucune prise sur ce mal qui me ronge. Parce que ce qui arrive me dépasse. Dépasse tout. Dépasse l'individu. Même le plus grand, le plus riche, le plus fort.



Creusant et cherchant la cause de mon malaise, j’avais fait la liste des «stresseurs» dans ma vie sans même penser à m’arrêter sur cette chose intangible. Cette peur qui me broie. Celle de ne plus jamais vivre comme avant. La peur du après.

Oublierons-nous ce que c’est que d’être profondément humain? Oublier comment serrer quelqu’un dans nos bras. Oublier comment se rencontrer avec une bonne poignée de main. Oublier de partager cette proximité qui nous rend si humains…

Vivrons-nous maintenant la majeure partie de nos vies dans un monde virtuel? Serons-nous capables de voir à nouveau deux personnes se toucher sans avoir cette espèce d'avertissement qui résonne dans notre tête?

Et comment seront nos enfants de demain? Seront-ils germaphobes? Seront-ils capables de ressentir toute la gamme des émotions, de la colère à l'empathie? Ou seront-ils profondément troublés par les contacts physiques et incapables de vivre une relation intime...?


Et puis je constate qu’elle est partout. Cette peur que je ressens au plus profond de moi est dans chaque article de journal, chaque post Facebook, chaque parole à la radio. Dès que j’ouvre mon ordinateur, mon téléphone, que je monte le son dans mon auto, je l’entends, je la perçois. Elle est dans chaque parole. Chaque expert est sollicité, interrogé. Les hypothèses les plus horribles sont soulevées, rien pour soulager l'anxiété grandissante de la population.

Impossible de vivre un jour sans cette peur. Quand je vais au parc, - seul luxe qui nous reste à ce jour - que j’entends les conversations qui tournent autour de ce même sujet, elle est là. Quand j’ouvre Netflix dans l’espoir de penser à autre chose et que je tombe sur une série tournée récemment, que les acteurs respectent la distanciation et portent le masque, elle est là. Quand j'entends quelqu'un parler de sa vie et qu'il commence sa phrase par « Dans le contexte actuel... » Elle est là. Elle est là chaque minute de ma vie.


Et puis je réalise un truc. Je réalise que la peur est une émotion tellement humaine. Tant que nous aurons peur, je ne craindrai pas pour notre humanité. Mais je ne peux m’empêcher de penser que même si elle est toujours présente au fond de nous, elle ne sera plus jamais pareille...


-Marie.

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