• Coeurnoiretrose

La peau transparente

Mis à jour : oct. 27

Je suis transparente. La douleur qui m'habite l'est tout autant. Imaginez vous réveiller chaque matin avec cette impression de ne pas vous reconnaître dans le miroir, d'être un figurant dans votre propre film ; votre vie.


Cette sensation m'habite depuis si longtemps que je me suis habituée au vide qu'elle laissait. C'est triste de devoir renoncer à une partie de vous et d'apparaître comme un fantôme. À l’extérieur, tous ceux qui m'entourent me voient telle que je suis, mais moi, je ne sais pas qui je suis réellement.


Ce phénomène éprouvant est en fait le résultat d'une déréalisation et d'une dépersonnalisation. Ceux qui ne savent pas ce que c'est peuvent peut-être mieux relater grâce à ce début de texte. Je dirais que c'est à peu près l'un des symptômes les plus éprouvants de l'un de mes troubles de personnalité: Schizotypique. Peu importe où je suis, où je sors, je me sens déconnectée de tous ces gens qui m'entourent. Juste le simple fait d'aller me chercher un café à la commande à l'auto est un défi pour moi. Je commence immédiatement à avoir des sueurs sur le visage, car je me sens jugée. C'est ridicule, je le sais bien, mais mon cerveau ne peut pas s'empêcher de me répéter constamment: "Ils vont rire de toi, tu as l'air bizarre." Malheureusement, l'inconfort en public ne se dissipe pas, loin de là, il reste constant. C'est l'une des caractéristiques du trouble, la gêne ne s'en ira pas peu importe le nombre de fois que tu tenteras de vaincre ta peur.


Puis, que dire des moments lorsque je suis confrontée à parler avec une personne en tête à tête... Je me sens tout simplement incapable de garder mon calme. Les manies étranges commencent à prendre le dessus et j'ai seulement hâte que la conversation se termine. En groupe, on dirait que ça se passe mieux, que je suis capable de devenir une autre personne, car j'ai l'impression qu'en étant plusieurs, personne ne pourra démasquer la vraie moi.


C'est difficile à décrire, ce sentiment d'inconfort qui a toujours été présent dans ma vie. Même plus jeune, les parents de mes ami(e)s ne voulaient pas qu'ils jouent avec moi à cause de mon comportement "excentrique". Alors vous devez bien vous douter à quel point je me suis toujours sentie seule. Au travail c'est pire. J'ai beau m'y présenter chaque jour, je reste extrêmement mal à l'aise avec tout ce qui m'entoure. Je n'ai pas confiance en moi, je me dis des choses dans ma tête qui me détruisent à petits feux et, pour ajouter une touche de magie à ce beau petit mélange, je suis en dépression depuis l'âge de mes 14 ans.


Depuis que j'ai pris mon courage à deux mains et que j'ai commencé à travailler, j'ai été en arrêt de maladie 2 fois. Pas que c'est ce que je voulais, mais ma psychiatre s'en faisait réellement pour l'état de ma santé mentale. En ce moment, j'essaie de trouver quelque chose que je vais aimer faire, mais je vous avoue que c'est extrêmement difficile. Tous mes proches me lancent des fleurs en me disant à quel point je suis bonne et que n'importe qui adorerait m'engager, mais au fond de moi je ne le crois pas. Je crois tout simplement que je suis un être dans le néant, qui regarde ce qui se passe autour d'elle, mais qui reste figée dans le temps. Une épave, quoi. Une sorte d’extraterrestre qui se lève robotiquement chaque matin pour vivre en se sentant vide, chaque jour de sa misérable vie.


En ce moment, la seule chose qui me remonte le moral, ce sont les sushis. Au moins, y'a quelque chose que je sais que j'aime sur cette terre. Bon, mon cœur ne s'emballe pas quand j'en mange mais... C'est mieux que rien. En décrivant tout ce que je vis, plusieurs vont sûrement s'imaginer une femme pathétique, seule avec 26 chats (j'en ai en fait 2), célibataire et pas d'ami(e)s. La vérité est que malgré tout, je suis entourée de proches extraordinaires. J'ai 2 meilleures amies qui connaissent tout de moi et qui m'aiment telle que je suis, une famille aimante et compréhensive puis un amoureux qui connait toute la vérité et qui ne cesse pas de me dire à quel point il me trouve parfaite moi, ma dépression et tous mes autres troubles.


Je vous confie mon quotidien aujourd'hui en espérant pouvoir rejoindre quelques personnes et vous rassurer sur le fait que non, vous n'êtes pas seuls. Peu importe tous les désagréments que m'apporte ce trouble et tous les symptômes, ça fait de moi qui je suis et j'en suis fière. Être unique et imparfaite, c'est ça qu'on devrait montrer dans les magazines. Soyez toujours fiers de qui vous êtes. Peu importe ce dont vous souffrez ou non, cela ne définit pas votre personne, ça fait juste compléter qui vous êtes et il n'y a rien de mal à ça, rien du tout.


Coeur noir et rose.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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