• France P.

La maladie a changé ma vision du travail

Mis à jour : sept. 5

Depuis quelques temps, ma femme et moi parlions de déménager. Notre appartement est rendu trop petit, nous avons perdu le contrôle et surtout, j’ai le fantôme de ma grand-mère qui me hante. Pourtant, cette semaine, nous avons pris la décision de ne pas nous faire vivre ce stress et donc, de rester dans l’appartement que nous occupons depuis 8 ans. Ça semble un peu stupide, à la vue des problèmes que nous y avons vécus, mais je me vois mal déraciner mon fils qui n’a connu que cet endroit et qui a accès à de l’aide à son école. La même où ma fille, elle, s'est enfin fait des amies. Je ne veux pas leur faire vivre ce déracinement.


Par contre, nous avons décidé que pour 2020, nous ferons le ménage complet de l’appartement. Pièce par pièce, nous allons tout vider, tout replacer, mais surtout, tout libérer. Ça va m'aider à faire le ménage de ma tête, car elle est encombrée elle aussi. Faire le ménage par le vide, c'est faire du ménage dans mon appart, dans ma tête, bref, dans ma vie. Ma grand-mère disait toujours : «Ton appartement reflète ce qui se passe dans ta tête. Un appartement en ordre veut dire une vie en ordre.» Faudrait que je mettes cela en pratique.


Si je déménage, je perds ma vue du ciel, ma vue du parc, la vue que je connais depuis des années. Pas prête.


J’ai perdu le combat contre mon appartement en 2015. C’est précis hein! Mais c’est en 2016 que les problèmes mentaux ont vraiment déboulé. J’ai perdu mon emploi suite à des coupures de poste et la dépression est débarquée de plein fouet. Ça m'a pris une année complète pour arriver à me dire que je n’étais pas une mauvaise employée et que cette perte d’emploi là ne visait pas la qualité de mon travail, que j'étais simplement dans la «batch» des malchanceux. Un an à me torturer et me dire que je n'étais bonne à rien. Un an à faire des «black out» où, lorsque je revenais à moi, je trouvais des lettres que j'avais écrites pour chaque membre de ma famille ainsi que mes médicaments organisés en ordre de celui qui frappe le plus fort et le plus vite. Bref, 2015-2016 n'a pas été une très bonne année.


Puis, a commencé la ronde de contrat. J’ai travaillé dans un hôpital, dans ma ville natale. La route a elle seule me détruisait peu à peu à chaque jour. 2h30 seule avec moi-même, matin et soir, ce n’est pas toujours une bonne idée. J’avais beaucoup trop de temps pour penser. Ensuite, j'ai eu un contrat dans une grosse compagnie, en début 2017. J'y ai malheureusement perdu mon emploi peu de temps après, car avec ma nouvelle santé mentale en piètre état, je n'étais VRAIMENT pas au bon endroit. J'étais toujours en dépression majeure, j'avais des rendez-vous par dessus la tête, j'étais toujours la première arrivée, je sautais mes dîners pour couvrir mes heures. Bref, je faisais mon possible. Je me suis rendue à un point où je me suis demandée si j'étais faite pour le travail. Et j'ai eu peur. Est-ce que je vais finir ma vie à faire ça? 2-3 mois de travail, puis chômage et on recommence?


Un jour, j'ai passé une entrevue avec la compagnie pour laquelle je travaille encore 2 ans et demi plus tard. Lors de cette entrevue, j'avais un de ces rhumes, j'avais à peine de voix pour parler. Pourtant, j'ai été prise! J'ai même passé à travers ma formation avec une bronchite et crises d'asthme et ce, sans manquer une journée de travail ... Jusqu'à ce que mon boss me conseille d'aller voir un médecin car ça n'avait plus d'allure. J'ai sacrifié un peu de ma santé physique, mais j'ai pu me prouver que je pouvais travailler. Je me suis prouvé à moi-même que je ne suis pas une invalide. Je peux et donc, je vais travailler.


J'y travaille encore à ce jour, d'ailleurs. Avec ceux que j'appelle ma deuxième famille. Une famille un peu dysfonctionnelle, mais oh combien attachante!


Votre santé mentale, ce n'est pas ce qui vous définit. C'est ce que vous faites qui vous définit. Ne vous laissez pas abattre si cette semaine, au travail, ça ne va pas. La semaine prochaine, ce sera mieux. Promis! La semaine prochaine, un collègue vous surprendra avec une petite attention qui vous fera oublier cette semaine de bouette que vous venez de passer.



1 866 APPELLE (277-3553) quand vous voyez que le tunnel n’a plus de lumières! Ils pourront vous aider à en trouver!



France P.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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