• Chloé C.

La fin avec son thérapeute

On ne perd pas un ami, un frère, un père. On perd qui, quoi au juste ? Mais on perd parce qu'on pleure depuis un bon moment à seulement l’évoquer et qu'on est incapable d’écrire la moindre lettre depuis des mois. Le mot fin en prélude scrappe toute inspiration littéraire. On risque maintes fois quelques tentatives qu'on rature et efface systématiquement. Et on pleure de plus belle au même rythme que les mots fuient : on tient mordicus à cette dernière lettre qu'on lui remettra à la dernière séance pour le remercier de ces trois ans de suivis.


Plus on tente d’écrire, plus on se rend compte de l’absence du je dans nos lettres, peut-être parce qu'on se sent tellement double. D’un côté, on se dit que la crise a déjà été faite, la vaine révolte déjà menée contre cette fin, qu’au fond, une thérapie ce n’est pas un aboutissement en soi : du travail, il en restera toujours. D’ailleurs, on le savait depuis le début que la relation allait cesser, qu’elle ne serait pas éternelle. On connaissait même le nombre de séances à l’avance. Un contrat en début de parcours stipulait toutes les règles dont la durée, et on l’avait signé, consentante. On se dit qu’avec tout ça, on devrait se sentir plus en paix avec la situation. Et après tout, depuis un moment, on gérait mieux les émotions et l’air qui se rendait aux poumons.



L’autre côté vient nous rappeler qu'on se goure royalement. On se rebelle encore contre cette décision qui n’est pas la nôtre : la fin de la thérapie a peut-être été décidée d’avance par le contrat, mais on n’y adhère plus. On ne comprend pas. On s’était donné 3 ans pour aller mieux, mais on n’avait pas prévu l’attachement. Maintenant qu'on est bien harnachée, il faudrait tout détruire en se disant simplement au revoir ? Émotivement, ça ne fait pas de sens. Et surtout, surtout, on ne veut pas le perdre, lui.


Et les larmes redoublent. Comment dire adieu, on n’en sait rien… ou plutôt comment accepter de dire adieu. On n'est pas très douée pour ça. On aimerait juste dire merci, mais la douleur est trop forte et ça crie dans notre tête : " Tu réagis trop fort . Trop, trop, trop." Après tout, ce n’est ni un ami, ni un frère, ni un père. On perd qui, quoi au juste ? Une relation significative? Un confident? C’est bien ça ? Un solide lien de confiance, pour être le plus "nous" possible même avec notre colère, notre peine, nos défauts. Un espace pour se déposer, pour se ramener. Peut-être qu'on a idéalisé notre thérapeute, mais so what… c’était notre lien, notre lieu, notre moment.


Et tout ça cessera d’exister, lundi prochain, après 50 minutes à tenter de trouver les mots pour dire qu'on n'en a pas assez pour la reconnaissance, mais surtout pour le deuil. Un deuil prévisible. Ni d’un ami, ni d’un frère, ni d’un père, mais d’un psy qui en a plus su sur notre monde intérieur et notre intimité que toutes ces personnes réunies.


On lui remettra une lettre : « Merci »


Et ce sera la fin.


Chloé C.

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