• Karine Forgues

L'hôpital psychiatrique partie 4



Unité Transitoire en Santé Mentale


Lorsque la porte de l’unité s’est refermée derrière moi, j’ai compris que j’étais littéralement enfermée là. J’ai longé le couloir le plus près possible du mur en pensant stupidement que j’allais me fondre dans la peinture grâce à la laideur de la jaquette bleue, mais non. Tous les patients installés à l’unique table (environ 7 patients) se sont retournés pour m’observer. (J’avais littéralement envie de disparaître, en plus, certains d’entre eux avaient leurs vêtements alors pourquoi pas moi?)


Arrivée à mon cubicule numéro 7, je m’assois sur mon lit. Je peine à réaliser ce qui se passe. Ma sœur tente par tous les moyens de me rassurer, mais je vois bien dans ses yeux qu’elle-même est terrifiée de me laisser dans un endroit comme celui-ci.


Le préposé fouille mes choses. Il me demande de me changer et de mettre la jaquette turquoise. Je dois maintenant passer du bleu au turquoise. Pourquoi ? Pour mieux nous identifier si jamais on se sauve ? Je n’en sais point ! Mais je refuse catégoriquement de la porter puisque on m’a dit à l'urgence que j’allais avoir le droit de mettre mes vêtements alors pourquoi porter une autre jaquette?


Le préposé et l’infirmière restent fermes sur la consigne et refusent de changer la règle. Je dois donc me plier à la procédure et me changer. Quelques jurons québécois en ont suivi et ils m’ont fait le plus grand bien. Comme à l’urgence, on m’enlève tout ; mon cellulaire, mes vêtements ainsi que mon intimité. Le rideau doit rester ouvert 24h/24h et je suis directement devant le poste infirmier.


Une fois mes amis partis, je suis restée en boule dans mon lit avec une couverture par-dessus la tête en tentant d’oublier ma vie et d’oublier que j’étais ici. Après ma dose de Séroquel, j’ai cru que ça y était, que j’avais oublié… Jusqu’au débarquement de NORMANDIE !!!


" Petit retour dans le passé. Lorsque j’étais bébé, mes parents ont toujours fait en sorte que leurs enfants soient capables de dormir malgré les bruits ambiants. Même en vieillissant, nos parents ne faisaient pas plus attention aux bruits le matin. (Ma mère dans le lit de bronzage avec la radio à fond et mon père, un homme de travaux, avec ses outils, déjà sur ses rénovations.) Je dois quand même les remercier, car ça m’a permis d’apprendre à apprécier lorsque le silence est présent le matin dans mon appartement."


Revenons au débarquement de Normandie. Tous les employés sont en mouvements, soit pour quitter le travail ou bien pour débuter leur quart de travail. Ça parle si fort, ça claque les portes, ça ricane, ça ouvre toutes les lumières... Non mais fuck! Il n’est même pas 8 heures le matin et il semblerait qu’il y a une fanfare dans l’unité. Chaque bruit me rend davantage irritable. Les infirmières se parlent de leur souper de la vieille et ne se cachent pas. Je sais tout ce qu’elles ont fait de leur soirée. Le comble du vacarme qui résonnait dans l’unité c’était lorsque tu savais que tu étais la prochaine à recevoir la visite de la charmante Julie, la préposée qui, d’une voix stridente, te réveillait en criant : ‘’Le déjeuner est là...’’


Karine Forgues (Le Mont intérieur)

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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