• Karine Forgues

L'hôpital psychiatrique partie 2

Mis à jour : sept. 4

La jaquette bleue

Arrivée à la civière, la dame ferme le rideau et m’explique le protocole pour les gens dans mon cas. En gros, ils t’enlèvent tout tout tout ! (Bas, soutien-gorge, chandail, pantalon, etc.) J’ai dû me battre à coups de grands arguments pour conserver mes petites culottes et, en même temps, un peu de dignité. L’infirmière me tend, avec un beau sourire, une jaquette bleue. Et oui! La fameuse jaquette bleue qui fait paraître tes fesses quand tu marches. «Je ne peux pas porter ça, non, jamais, voyons c’est bien trop laid !!! PANIQUE !!! Je veux juste reculer le temps et retourner dans mon lit.»

Les larmes ne cessent de couler sur mes joues rouges parce que j’avais pris tellement de temps afin de choisir mes vêtements quelques heures auparavant pour être la plus confortablement possible dans une journée porc-épic. Et voilà que je dois porter la chose la plus ignoble et la moins englobante (si vous comprenez ce que je veux dire) possible! Une chance, la jaquette «fit» parfaitement avec mes yeux! Après quelques tentatives, j'arrive à l’attacher, parce que les cordons sont toujours très difficiles à attacher et il faut s’assurer de ne pas être comme le petit monsieur qui se dirige vers les toilettes avec la jaquette attachée à moitié et les fesses à l’air. (Je me demande s’il fait exprès pour plaire aux petites mesdames et aux infirmières… Lorsqu’il repassera, je lui demanderai.) En tout cas, il n’est pas question que quelqu’un voit mes fesses aujourd’hui. Alors avec l’aide de ma coloc, ma jaquette est attachée au maximum de sa capacité. Une autre question me vient à l’esprit, mais je ne suis pas certaine de vouloir connaître la réponse... La jaquette a englobé le corps de combien de personnes avant moi? Oh yark! Arrête d’y penser c’est dégueux ! Oups! Le monsieur est repassé et j’ai oublié de lui demander pourquoi il n’a pas bien attaché sa jaquette.


Num : B-38

Numéro B-38, non non pas la loi P38. Lisez plus loin vous comprendrez…Une fois installée dans mon super habit de luxe, ma coloc devait quitter pour aller au travail. Je me suis installée en boule dans le coin de la civière afin d’oublier que j’étais ici et de me faire oublier par le personnel de la santé. Tentant du mieux que je peux de me cacher, mais, c’était littéralement impossible puisqu’il n’y avait aucune, mais aucune intimité, je pleurais en silence. J’étais exactement devant le poste des infirmiers et je n’avais pas le droit de fermer mon rideau qui aurait pu me procurer un semblant d’intimité. Le temps était long, mais tellement long, jusqu’au moment où les lumières ont commencé à s’ouvrir et que les infirmiers parlent si forts que j’entendais tout ce qu’ils se disaient. Je savais pratiquement tout ce que les autres patients avaient. J’avais l’impression d’être un petit oiseau qui survolait le poste des infirmiers. Nous n’étions plus un prénom ni un nom. Nous étions tous devenus un numéro de civière : B-38 était le mien. Je pouvais maintenant associer le diagnostic crié dans le poste des infirmiers au numéro de civière et remonter jusqu’à un visage. Non mais, sais-tu pas magique ça? (Bon, en réalité, je sais que ça sert absolument à rien, mais bon! Laissez-moi mon plaisir !) Aucune infirmière n’est venue me voir avant plusieurs heures…


Karine

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