• Karine Forgues

L'hôpital psychiatrique partie 1

Mis à jour : sept. 4

Arrivé aux urgences


Le cadran sonne, il est 5h00 du matin. Une brique me tombe sur le corps. Du moins, c’est la sensation que j’ai à mon lever même si je ne dors pas depuis minuit parce que je sais ce qui m’attend ce matin. Je prends mon courage à deux mains et, d’un bon élan, je pèse sur «snooze». À peine 8 minutes plus tard, le satané cadran sonne de nouveau. Pas besoin de préciser que je n’ai pas dormi durant cette petite pause. Avec toute la misère du monde, je parviens à me dévêtir de la couverture qui me servait de la seule source de chaleur dans ce temps si hivernal. Mon corps tremble. Est-ce par froid ou par crainte de ce qui s’en vient? J’arrive finalement à lever mon corps qui est paralysé par la peur de ce qui s’en venait. Je prends un temps fou pour choisir quels morceaux de vêtements j’allais porter pour cette journée qui s’annonce l’une des plus difficiles. Je choisis donc mon pantalon de jogging et mon fameux coton ouaté rose flash Under Armour (mes amis ne sont plus capables de le voir). Je prends tout mon courage pour monter voir ma coloc qui me fera le transport jusqu’à l’hôpital. Dans ses yeux, je peux apercevoir à la fois de la crainte, mais aussi de la fierté de voir que je prends le choix d’aller chercher de l’aide. Comme elle seule sait si bien le faire, elle garde le silence et me prend dans ses bras. Les larmes coulent…

Le chemin entre la maison et l’hôpital fût si rapide que je me suis crûe dans une Formule 1. Ce n’est pas aussi rapide que ça quand je vais à quelque part que j’aime (haha!).


Arrivée à l’urgence à 6h30, on peut encore entendre les ronflements des patients qui sont sur les nombreux étages de l’hôpital. Il y a une sensation de lourdeur dans la salle d’attente de l’urgence. L’anxiété est à son comble. Le cœur qui débat si fort qu’on pourrait croire qu’il sortira de mon corps. Mes pensées s’entremêlent, plus rien n’a de sens. Je suis figée sur place lorsque mon numéro est appelé au triage par l’infirmière. Mon regard inquiet recherche la sécurité dans les yeux de ma coloc. Un coup retrouvé, j’entends de nouveau le numéro qui m’est associé au microphone. C’est à mon tour, je ne peux plus retourner en arrière. Je m’avance dans la salle de triage pour expliquer ce qui se passe à l’infirmière. Il me semble que si j’avais une jambe cassée, je n’aurai pas besoin de prouver que j’ai une fracture de l’Âme. L’infirmière se présente et me demande de m’asseoir. Je m’exécute telle une tortue, avec une telle lenteur. Je réponds difficilement aux questions de l’infirmière en restant sur mes gardes, car j’ai peur de la suite. Je lui explique qu’il y a quelques mois j’ai eu un diagnostic de dépression majeure. Je croyais que ça allait passer tout simplement et que je devais «me botter les fesses» pour continuer d’avancer. Mais finalement, j’avance vers absolument rien. Je lui explique que j’ai l’impression que plus rien ne m’attend devant. Alors me voilà, ici, parce que j’ai décidé d’abandonner le chemin et de me laisser tomber. J’ai maintenant une cote de dangerosité : la cote 2. Elle demande si ma coloc sera avec moi pour l’attente à l’urgence afin d’être garante de ma protection le temps que je rencontre l’urgentologue. Malheureusement, comme elle doit quitter pour le travail, ils décident de m’amener directement dans les bas-fonds de l’hôpital.


Je ne comprends plus rien, mon cerveau n’est plus apte à la réflexion. Robotiquement, je suis ladite infirmière dans les couloirs qui semblent être le labyrinthe de l’urgence. Il fait encore noir, toutes les lumières sont encore éteintes. On se croirait dans un film d’horreur poche. Tsé celui que l’on connait déjà le punch qui s’en vient. Eh bien, dans ma situation, les nombreux sursauts de l’urgence ce sont les ronflements et les flatulences des patients toujours endormis par une heure si matinale. Comment pourrais-je me sauver ? Elle a tellement fait de détours que je ne saurais par où passer ! Lorsque je marche derrière elle, j’ai l’impression d’avoir un «sticker» dans le front et de jouer au jeu «Headbanz» pis que sur mon étiquette c’est écrit «suicidaire»…


Karine Forgues (Le Mont Intérieur)

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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