• Kayssie

L'expédition

Sur la colline j’observe l’horizon se dessiner, chaque sillon de lumière ajoutant un contraste au crépuscule. Des traits de couleurs finement allongés bout à bout de mon champ visuel attendrissent mon coeur. Ainsi se colle au paysage un esprit vagabond, qui erre de part et d’autre d’un univers parallèle. La réminiscence de celle que j’étais 5 ans auparavant.


Je ne saurais dire si c’est moi qui se dirigeait vers ce changement ou lui qui venait à ma rencontre. Il m’a fallu des heures de réflexion et des larmes à extraire de mon corps pour que j’apprivoise l’ombre qui est venue te chercher ce matin-là. Celle que l’on craint tant, mais qui, pour moi, n’est rien d’autre qu’un passage dans un espace différent. Si l’amour, sentiment d’une puissance infinie, se ressent sans se voir, alors pourquoi n’en serait il pas de même avec l’âme au moment de la mort?


J’avoue que par le passé j’ai eu de la colère à ton égard.


Je voulais plus de toi. Mais je ne te nommais pas mes besoins d'adolescente et de jeune adulte.


J'attendais presque que tu cognes à ma porte et que tu me dises que je te manque. Mais je ne te le disais pas moi-même. « Tu me manques Papa. »


Je ne me sentais pas comme une priorité dans ta vie. Mais je ne te laissais pas croire que tu l'étais dans la mienne.


Il m’a fallu te perdre pour te créer un endroit dans ma tête et mon coeur assez grand pour que tu y restes. Je n’aurais probablement pas su détecter autant l’immensité de nos pensées et son incidence dans le processus du deuil.


Ces mots peuvent résonner lourd pour certains j’en conviens. Je les écris d’ailleurs avec les doigts brûlants et les yeux vitreux.


Cinq années dans cette vie terrestre se sont écoulées. Dans mes rêves au début, tu me paraissais si réel, et j’avais si mal de te voir disparaître. Les fois suivantes, tu me rendais visite moins fréquemment. Je ne comprenais pas toujours le message que je devais capter au vol durant la nuit. Mais tout récemment, je me souviens de cette nuit où tu te dirigeais au fond du terrain de notre maison.


« Je dois partir. »


Je suis restée calme. Je t’ai regardé quelques secondes franchir un pas devant l’autre. Je n’avais pas envie ni besoin de courir derrière toi pour te faire changer d’avis. Je t’aimais suffisamment pour te laisser partir là où tu devais te retrouver. À mon réveil, j’ai compris que je franchissais une étape.


Descendant maintenant la colline dans la pénombre, surprise par la course entre le soleil et la lune. Une lampe torche à la main, je n’ai plus peur de la noirceur.


La lumière a toujours le dessus sur l'ombre.


L'amour a toujours le dessus sur la mort.


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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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