• Andréa Maheux

L'espace d'une seconde



⚠️Avertissement : Ce texte aborde le thème du suicide et pourrait offenser certains lecteurs. À un public averti.


Un jour, ma vie s’est arrêtée l’espace d’une seconde.  

Entre les sirènes des policiers et les ambulanciers qui se ruaient vers moi, le temps s’est mis sur pause l’espace d’une seconde. J’ai contemplé les yeux vitreux des inconnus qui m’avaient recueillie sur le bord de la rue. J’ai regardé l’ambulancière qui m’attachait, prenait mes signes vitaux et tentait de trouver des réponses à ses questions. Toutefois, celles-ci ouvraient un énorme vide de silence. Entre ses paroles qui résonnaient dans ma tête, le temps qui se ralentissait et mes pensées, je n’avais pas la tête, ni la raison pour donner une explication rationnelle de cause à effet.

Comment me suis-je rendue là ?

J’ai pensé, pour la première fois, que peut-être, juste peut-être, je n’étais pas le problème. J’ai pensé que j’essayais de réparer un « bobo » que je n’avais pas, car je cherchais à la mauvaise place.

Comment accumuler des points lorsqu’on vise la mauvaise cible ?


Ce jour-, j’ai tenté de m’enlever la vie. 

Vivre avec un handicap dans notre société est quelque chose de très difficile. C’est comme sans cesse marcher sur le bord du vide, plongé dans l’incertitude et les remords de nos différences. On s’excuse pour des choses qui sont complètement hors de notre contrôle, car on craint que ça en blesse d’autres quand simplement supporter notre propre poids chaque jour nous donne l’impression de s’enfoncer.

Cet instant qui s’est arrêté comme si j’étais dans un film, je me suis dit que peut-être, je n’étais pas malade après tout. On nous a enseigné qu’on doit aller à l’école, rester assis des heures à écouter des enseignants nous parler de sujets qu’on juge importants. On nous a appris à travailler, gagner son argent par l’entremise d’un employeur. On nous a appris à bâtir une famille, trouver l’âme sœur quelque part dans une boîte de nuit.

Mais si ce n’est pas le chemin que je veux emprunter ?

On m’a qualifiée de différente, car j’avais besoin de plus de mesures que les autres : prendre l’air pendant les examens, le besoin d’exprimer mes émotions même dans un contexte où je dois être professionnelle. Je fais de l’anxiété depuis des années et j’ai des troubles de la personnalité. Mon cerveau ne fonctionne pas comme tout le monde, alors on ne devrait pas m’obliger à « être comme tout le monde ».

Quand je suis arrivée dans le bureau du psychiatre, il m’a pointée du doigt toutes les voies de solutions qu’on avait explorées : thérapie cognitivocomportementale, médications, thérapie de groupe, hospitalisation, centre de jour, etc.

Puis, je me suis mise à réfléchir l’espace d’une seconde.

On m’offrait des traitements qui, selon les statistiques, fonctionnaient pour une majorité. Suite à l’échec de ceux-ci, on me disait qu’il n’y avait plus rien à faire. Mais que fait-on du pourcentage oublié ?

Pourquoi n’essayons-nous pas des voies inexplorées ?

Sur les dizaines de traitements que j’ai tentés, peut-être que ma solution à moi est la cinquante-et-unième.

On impose des barèmes en se disant que c’est la bonne chose à faire.

Je ne suis pas si différente que ça au final.

Mais je vis dans une société malade.


Pour l'espace d'une seconde, j'ai cru que je pouvais guérir et que je n'étais pas le problème.

Puis, j'ai commencé à guérir après cela. Car j'avais eu un déclic. J'ai compris qu'il est bien d'aller chercher de l'aide, mais le gros bout du bâton revient à nous. C'était à moi de trouver le traitement adéquat.


N'arrête jamais de chercher une façon de reprendre ta tête en main.

- Andréa






*À noter que nous tentons doucement d'intégrer l'écriture inclusive dans tous nos textes. Pour en apprendre davantage sur le sujet, nous vous invitons à consulter l'Office québécois de la langue française.

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