• Castiel

L'anxiété, mon mentor

Mis à jour : sept. 5


C'est un préjugé encré dans l'esprit de beaucoup. C'est une excuse pour certains, on va se le dire. Mais c'est aussi un combat de tous les jours pour quelques-uns, autant contre ceux qui jugent, que contre soi-même par moment.


''Notre diagnostic, c'est nous.''


Ce fameux diagnostic, qui semble, dans l'esprit des gens, prendre toute la place, alors que ce ne sont même pas eux qui en souffrent. Ce fameux diagnostic qui devient l'explication de tout ce qu'on fait, de tout ce qu'on pense, de tous nos excès et de toutes nos compétences.


Le diagnostic n'est maintenant plus "anxiété" ou "dépression". Le diagnostic s'appelle maintenant Martin, Marie, Maxime ou Mélodie...


Mon opinion? C'est faux. Complètement faux. De la grosse bullshit.


Mon diagnostic ne me définit pas, et ne me définira jamais. Par contre, il m'a fait évoluer et fait partie inhérente de moi.


L'anxiété, c'est mon mentor.

Si une chose est restée avec moi, sans changer, de mon primaire à ma vie adulte, c'est bien l'anxiété. On va l'appeler Anna.


Elle est apparue dans ma vie en même temps que le début de l'école, on parle maternelle ou première année. J'avais BESOIN de performer. Pourquoi? Aucune idée, mais je devais avoir la meilleure note de la classe. Je devais être la plus intelligente, la plus gentille, la plus... Tout. Anna ne prenait pas beaucoup de place encore, elle ne ressentait pas le besoin de me protéger et de construire des murs d'un mètre d'épais autour de moi. Elle a commencé doucement, en mettant une simple clôture en plastique cheap qui arrivait aux genoux d'un enfant de 6-7 ans. Rien de majeur, juste un petit obstacle facile à franchir, mais qui demande quand même un peu d'effort.


C'est un peu plus tard, fin primaire ou début secondaire que là, Anna est entrée en mode protection. SWAT style.


Rendu là, Anna avait fait évoluer sa clôture en plastique pour une clôture plus dure à franchir, une belle clôture en fer forgé avec les pointes en haut. Toujours à la hauteur des genoux, mais quand même, fallait être plus prudent.


L'intimidation. Ça, c'est pas cool. Anna non plus, trouvait pas ça cool. Mes lunettes se sont fait briser. On m'a lancé de la gomme dans les cheveux. On m'a accusé de plusieurs choses que je n'avais pas fait, ce qui m'a donné des conséquences non méritées. On m'a insulté, ridiculisé.


Vous devinez la suite. Anna s'est dit "Mon Dieu, mes clôtures la protège pas assez du monde extérieur". Elle s'est mise à construire des murs, pas seulement des clôtures, et elle les a fait plus haut. Beaucoup, beaucoup plus haut. Un grand mur de brique, plus grand que moi, qui m'empêchait de voir de l'autre côté.


Mais ceux qui voulaient m'intimider n'allaient pas se laisser démoraliser aussi facilement. Ils ont pris des flèches et un arc, et m'envoyaient leurs méchancetés par dessus les murs qu'Anna avait si bien construit en si peu de temps.


Donc, Anna a upgradé encore. Là, on était rendu à une boîte. En acier trempé. Les flèches ne pouvaient plus me blesser. Plus rien ne pouvait m'atteindre en fait, ni les choses négatives, ni les choses positives. J'étais seule, même si j'étais entourée de gens.

Pendant tout ce temps, Anna n'essayait que de me protéger, sans réaliser qu'elle me faisait du mal elle aussi. Ma boîte m'isolait de mes amies, de ma famille. Je me méfiais de tout le monde, je ne faisais confiance à personne. Je dînais avec mes écouteurs et ma musique, en faisant des devoirs, pour avoir le moins d'interaction sociale possible. J'angoissais à l'idée de me faire remarquer, parce que j'avais associé que l'attention sur moi n'amenait que douleur mentale.


Mais Anna n'a jamais voulu ça, elle ne voulait que me protéger. C'est récemment que j'ai décidé de ne plus en vouloir à Anna, car elle n'avait aucune mauvaise intention à mon égard. Elle m'a accompagnée toute ma vie, et m'accompagne encore, dans le seul but de me protéger du mal que le monde peut offrir.


C'est mon mentor, car elle m'a appris à me sentir en sécurité, à me protéger des situations sociales dangereuses pour ma santé mentale et physique. Elle n'avait probablement pas les meilleurs trucs, mais ça fonctionnait.


Et j'ai compris, de mon côté, qu'Anna restera toujours avec moi. Avec beaucoup d'effort et l'aide d'un professionnel, j'apprends à calmer Anna, et à lui faire réaliser que je suis capable de me défendre seule, que maintenant, j'ai la force de le faire. Elle fait partie de moi, mais n'est pas moi. À ce que je sache, je ne m'appelle pas Anna.


Et je ne m'appellerai jamais Anna.


Castiel.

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© 2019 par Une Tempête à la fois.

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